Le plus beau sourire canadien
Clara Hughes
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25 février 2006 - On aurait voulu écrire cette chronique bien avant. Mais comme cette grande dame courait aujourd'hui et que Patinage de vitesse Canada ne voulait en aucun cas que ses athlètes parlent aux journalistes avant la fin de leurs compétitions, il a fallu attendre. On s'est résigné même si depuis dix jours, elle ne participait à aucune course.
Mais Dieu que ça a valu la peine de patienter pour la voir conclure ces Jeux de Turin, et peut-être sa carrière, de cette façon. L'une des plus belles carrières sportives du Canada, sinon la plus belle.
Cette grande dame, c'est Clara Hughes. Seule athlète canadienne à avoir remporté des médailles à la fois aux Jeux olympiques d'été et d'hiver. Cinq en tout. Une d'or au 5000 m et une d'argent à la poursuite à Turin, une de bronze au 5000 m à Salt Lake City et deux autres de bronze au contre-la-montre et à la course sur route aux Jeux d'Atlanta.
Elle voulait participer aux Jeux d'Athènes, mais à l'été 2003, son dos ne pouvait plus supporter les exigences soutenues des entraînements. Elle a dû choisir entre le cyclisme et le patinage de vitesse longue piste. Son premier amour a triomphé.
Une athlète pas ordinaire
Outre l'athlète, Clara, c'est la gentillesse et la bonne humeur incarnées. Toujours souriante, probablement le plus beau sourire canadien.
Je l'ai surtout connue comme cycliste, à l'époque où elle imposait le respect dans le peloton. Jamais elle ne refusait une entrevue. Parfois, elle demandait seulement de revenir une quinzaine de minutes plus tard, le temps qu'elle termine sa période de refroidissement (cool off).
Ensuite, le temps pouvait s'arrêter. Elle parlait de son sport avec passion et puis, comme une roue libre, elle s'emballait, nous emmenant soudainement à Glen Sutton en Estrie, son nouveau coin de pays qu'elle affectionne tant et sur ses petites routes bucoliques et paisibles qui l'entourent.
Parfois un jeune, ou même un adulte, s'approchait timidement pour lui demander un autographe ou une photo. Jamais, on n'a senti que c'était une corvée. Toujours le sourire aux lèvres. Elle ne se contentait pas que de signer le bout de papier ou la casquette, mais elle leur posait des questions. Avaient-ils apprécié leur journée? Était-ce la première fois qu'ils assistaient à une course? Est-ce qu'ils faisaient également du vélo?
J'ai été impressionnée par cet intérêt qu'elle portait à tous et chacun et par sa générosité. Y a peu d'athlètes de cette trempe... et y a peu de gens aussi.
Un modèle de générosité
Je ne l'avais pas revue depuis cet été 2003, parce qu'elle avait quitté le milieu du cyclisme et parce que je ne couvre pas le patinage longue piste.
La voilà championne olympique du 5000 mètres et elle n'a pas changé un brin. Au lieu de parler de son exploit, elle s'est mise à entretenir les journalistes sur l'importance de jouer pour les enfants démunis. Parce que, pour elle, patiner c'est comme un jeu.
Et puis, la volubile grande rousse a déclaré regretter que le Canada ne verse aucun montant forfaitaire à ses médaillés comme c'est le cas dans plusieurs pays. Et vlan! Un solide crochet de la droite asséné au gouvernement canadien.
Parce que si elle avait touché 25 000 $ comme l'Américain Joey Cheek, champion olympique du 500 m, elle aussi aurait fait don de son boni à la fondation Right to Play, une organisation créée par l'ancien patineur de vitesse norvégien Jan Olav Kos et qui fait la promotion des activités sportives chez les jeunes Africains.
Peu importe. À son retour au Canada, elle versera ses propres économies de 10 000 $ à la fondation.
Quel élan de générosité! Clara Hughes tout craché! Incapable de ne pas partager SON moment.
En passant, elle lance un défi: égaler ce don. Les paris sont ouverts!