Tranche de vie à Sauze d'Oulx
Warren Shouldice
|
24 février 2006 - Pour la finale des sauts acrobatiques chez les hommes, les juges ont été intransigeants. Le calibre de la compétition obligeait une telle réaction. Tous les compétiteurs qui dépassaient l'exécution de la vrille, à l'extérieur du saut périlleux annoncé, voyaient leurs notes fondre comme neige au soleil.
Le Canadien Kyle Nissen a été victime de la sévérité des juges à son premier essai. Lors de son triple saut périlleux avec quadruple vrille, il a amorcé sa double vrille finale avant le début du troisième périlleux. Cette action lui a attiré les foudres du jury.
Son deuxième saut frôlait la perfection. Il a même obtenu une des trois seules notes au-dessus des 130 points en finale. Mais pour Nissen, il était trop tard. Résultat: une décevante 5e position selon lui.
L'autre Canadien Warren Shouldice a sorti le grand jeu avec une triple vrille dans le périlleux médian. Mais il a eu la malchance de faire déborder la vrille sur la dernière rotation. Il a terminé au 6e rang.
Jamais je n'avais vu un Chinois aussi exubérant que Xiaopeng Han, le nouveau champion olympique. Ce que je ne savais pas lors de la description télévisée, c'est qu'il devenait ainsi le premier Chinois médaillé d'or à des Jeux d'hiver.
Fin de contrat
J'ai toujours imaginé les Chinois encadrés par une armée de spécialistes de tout acabit. Hier au « Sogo's », sympathique restaurant à Sauze d'Oulx, l'Albertain Dusty Wilson, qui entraîne les Chinois, nous expliquait qu'il ne peut même pas compter sur un physiothérapeute pour parer aux blessures des athlètes.
Leur site d'entraînement est situé près de la Mongolie, où un petit hôtel voisine l'emplacement des sauts. Ils ont une deuxième employée. C'est une préparatrice physique, canadienne également, demandée par Wilson pour permettre à son équipe de survivre à une saison de Coupe du monde.
Le chef de mission de la délégation chinoise assistait à cette compétition avec ses subordonnés. Fous de joie, ils ont fait la bascule à leur entraîneur de saut après l'annonce officielle des résultats. À noter que le contrat de Dusty avec la Chine se terminait hier, après la compétition!
Artic power!
Je vous ai parlé de mon hôtel, le San Giorgio? En fait, si je n'ai rien dit, c'est pour une bonne raison! Magnifiquement situé près de deux minuscules chiens pékinois, le réveil est garanti à toute heure de la nuit. Normalement, si les pékinois aboient en choeur, le labrador voisin se joint au concert.
J'ai espéré la venue de biathloniens armés pour régler le problème des bruyants pékinois tout au long de ces Jeux. Malheureusement, ils étaient occupés avec les chows-chows de San Sicario, à ce qu'on m'a dit.
Puis-je vous présenter Roberto le propriétaire, angoissé au possible? Il possède un système de sécurité avec caméra dernier cri pour son minuscule hôtel. Pourtant, sauf pour le vol d'un divan défoncé, il n'a rien à craindre des cambrioleurs!
Pour accéder à l'étage, l'escalier est interdit, protégé par le même système d'alarme. Il faut plutôt utiliser un ascenseur duquel nous devons garder le doigt sur le bouton sinon ça ne monte pas l'étage. Le tout fonctionne à l'aide d'un piston hydraulique, alimenté par des pékinois hystériques.
Ma chambre est magnifiquement décorée de rideaux vert pâle, qui sont agencés à mon couvre-lit également vert et jaune malade. Je conviens par contre que mon lit est confortable. Cependant, mes nuits sont trop courtes à cause de la femme de ménage qui semble prendre un malin plaisir à passer l'aspirateur dès 8 h 30. Roberto nous attend pour le petit-déjeuner... à 8 h 30!
Mme Ménage a tout de même mon admiration, elle manie quotidiennement des produits qui me semblent toxiques au plus au point. L'odeur d'eau de javel et de désinfectant pour mammouth me fait fuir vers le centre de presse, sitôt revenu du petit-déjeuner. J'imagine l'état de ses pauvres poumons à utiliser ces produits tous les jours.
Massimillio, notre gentil serveur-barman, semble avoir un faible pour ma coanimatrice Claudine Douville. Il a tout de l'homme rose italien. Chaque matin, il lave le plancher de la salle à manger sous le regard de gladiateur de Roberto. Puis, il se prépare au service des repas, où Claudine reçoit évidemment un traitement royal. Lorsque Christian Hrab et moi voulons commander, il est obligatoire de demander à Claudine de le faire pour nous!
Brenda, la « Claudine » de CBC, est venue aux Jeux avec son mari, un caméraman, et sa mère qui fait office de gardienne pour le bébé. Le très jeune Tommy accompagne, de ses pleurs, les pékinois dans un effort collectif pour faire angoisser davantage notre proprio. Il semble avoir pris quelques rides depuis trois semaines.
Pour achever Roberto, nous devons sonner la nuit pour entrer dans l'hôtel. N'oublions pas que le patron cadenasse son bunker pour se prémunir contre une éventuelle invasion de Martiens. J'en profite pour vous certifier la beauté des pantoufles en lapin de notre cher hôte, qui s'harmonisent à merveille avec sa chevelure en bataille et ses cernes nouvellement acquis. Notre départ prochain ne semble pas du tout l'attrister.
Les restos
Le midi, nous allons à l'Assietta, un petit café au coin de la rue. L'autre jour, la « zuppa del giorno » (soupe du jour) a été mémorable. Constituée d'orge, de lentilles et de romarin, en plus de quelques autres ingrédients que je ne vous dis pas, elle nous a fait vivre un plaisir gustatif digne de cette belle Italie. De plus, Daria et Roberta ajoutent un zeste de saveur à cet endroit de délices.
Il y a aussi le « Sugo's », dans le vieux Sauze d'Oulx, un minuscule endroit où les pâtes sont un festival pour le palais. De quoi faire oublier les pékinois. Au-delà de ces délices, la gentillesse du proprio est tout à fait proportionnelle à la qualité de la nourriture.
Le grand skieur canadien Steve Podborski, qui travaille ici pour le réseau américain NBC, a lui aussi adopté le « Sugo's » pour ces bonnes raisons.
Un autre restaurant familial à la décoration inexistante arrive également dans le peloton de tête de la gastronomie de la région. La première impression de cet établissement: c'est de croire que l'on se dirige vers l'arrière-boutique. Rapidement conquis par l'accueil et le vin maison, le reste n'est plus que festin pour la panse!
Je ne peux terminer sans vous parler du désormais célèbre « Village café ». Outre Valentina, Mada, et les autres signorinas, la bouffe y est excellente. J'y ai mangé, entre autres, des rigatonis au sanglier parfumés d'herbes de Sardaigne. Divin!
Pour terminer un bon repas, il ne faut surtout pas oublier le café, l'extase! Je me suis toujours demandé pourquoi il n'était pas aussi bon chez nous. À chaque gorgée, j'ai une pensée pour vous qui êtes obligés d'aller dans les franchises nord-américaines. La « dolce vita » pour moi, c'est ce petit café dégusté sur une terrasse ensoleillée, avec vue sur les Alpes italiennes.
Chère copine, toi qui aimes la bonne nourriture, je vais t'impressionner avec des recettes de cordon-bleu. Et ne t'en fais pas pour Valentina, Mada et autres « whatever » comme tu les appelles. J'ai fait leur connaissance qu'à titre professionnel pour écrire ces articles!
À bientôt!