1 GER 11 12 6 29
2 USA 9 9 7 25
3 AUT 9 7 7 23
5 CAN 7 10 7 24

Jean-Luc Brassard

Une soirée grandiose

Manon Gilbert

Des Jeux boudés...

Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Turin 13:50 • 26 °C

En direct de Turin

Manon Gilbert

Journaliste pour le site des Sports de Radio-Canada.ca, Manon Gilbert se passionne depuis longtemps pour les sports d'hiver. À Turin, elle suivra à l'intention des internautes tout ce qui entoure les Jeux.

Écrivez-moi!

Participation ou excellence?

Mathieu Razanakolona

Photo: Manon Gilbert

Mathieu Razanakolona, son entraîneur Richard Lepage et son frère Philippe. (de droite à gauche)

21 février 2006 - Vous êtes nombreux à me demander des nouvelles de Mathieu Razanakolona, ce jeune skieur québécois. Vous savez, celui qui est à Turin pour représenter Madagascar, le pays de son père? Pour ramasser des fonds pour l'un des pays les plus pauvres du monde?

Pourtant, avant de partir pour les Jeux olympiques, il y avait deux sujets dont je m'étais promis de ne pas parler: le hockey masculin (on en parle assez en dehors des Jeux) et, justement, l'aventure de ce skieur qui a fait le tour du Québec après son passage à Tout le monde en parle.

Pourquoi? Parce que le volet participatif n'a pas sa place aux Jeux olympiques même si les images du nageur de la Guinée équatoriale Éric Moussambani (Sydney) et du fondeur kényan Phillip Boit (Nagano), bons derniers de leur épreuve respective, ont fait le tour de la planète et attiré la sympathie.

Le Comité international olympique veut faire des Jeux un événement rassembleur. La plus grosse compétition sportive de la planète devrait réunir les meilleurs athlètes. En ski alpin, par exemple, la compétition est moins forte qu'en Coupe du monde. Que voulez-vous, l'Autriche a dû laisser à la maison une douzaine de skieurs parce qu'aux Jeux, chaque pays a droit à un maximum de quatre athlètes par épreuve.

Et que dire du sauteur acrobatique Ryan Blais qui, dans n'importe quel pays, aurait obtenu son billet pour les Jeux? Pas au Canada, l'équipe est trop forte. Cinq gars luttaient pour quatre places. Blais a écopé, même s'il pointe présentement au sixième rang du classement de la Coupe du monde de sauts et qu'il a remporté une épreuve en 2006.

Réserve chez les athlètes

Assurément, j'épouse la cause de Razanakolona à 100 %. Oui, on doit se soucier davantage du sort de l'Afrique. Je viens tout juste de terminer un livre sur le génocide au Rwanda. Après, on trouve bien futile la tenue d'événements aussi démesurés que les Jeux olympiques.

Pas besoin de se servir de la tribune olympique pour faire connaître ou avancer une cause!

Si plusieurs journalistes se sont enflammés avec l'histoire de Razanakolona, les athlètes, eux, éprouvent plutôt une certaine réserve sur le sujet. Ils ne partagent pas cet élan d'enthousiasme, même d'anciens athlètes olympiques. Ils savent les années d'efforts et de sacrifices que ça demande pour se rendre aux Jeux. Ça ne se décide pas du jour au lendemain.

Le receveur de passes des Spartiates du Vieux-Montréal skie depuis une quinzaine d'années. Un bon skieur de 19 ans, certes, mais pas un surdoué. Jamais membre de l'équipe du Québec et encore moins de l'équipe canadienne de développement. Des résultats somme toute bien ordinaires: 37e, 54e, 88e, etc. à des courses FIS (régies par la Fédération internationale de ski) au mont Saint-Sauveur, au mont Orford, à Stoneham. Des courses réunissant majoritairement des Québécois.

Une belle descente

Le sort a voulu que je sois assise juste à côté de Mathieu et de son frère Philippe lors de la finale de hockey féminin.

Ses yeux brillaient encore. Fier d'avoir terminé la course sur ses deux skis aux côtés des Hermann Maier, Benjamin Raich et Bode Miller, mais surtout ému par le tonnerre de cris et d'applaudissements reçus une fois la ligne d'arrivée franchie.

Honnêtement, je dois admettre que Mathieu s'en est bien tiré sur l'éprouvant parcours de slalom géant. Lisez: au-delà de mes attentes, des siennes et de celle de son entraîneur Richard Lepage. Une 39e place fort honorable. Il visait un top 50.

Quand tout n'est qu'une question de centièmes, son temps, 30 secondes plus lent que le gagnant, parle toutefois par lui-même. Il faut quand même noter sa nette amélioration dans la deuxième manche, à neuf secondes du temps de référence. Mais en ski, aussi bien parler d'années-lumière.

Fonceur, il se donnera à fond coûte que coûte lors du slalom. Ça passe ou ça casse. De toute façon, il a déjà atteint son objectif aux Jeux: compléter une course. Et puis, il a déjà amassé 16 000 $ pour sa cause.

Cap sur Vancouver?

C'est après les Jeux que ça se corse. Ski ou football, sa grande passion. Des études en génie à l'Université de Montréal et une place avec les Carabins ou quatre années intensives d'entraînement en vue des Jeux de Vancouver? Sa blonde risque également de peser fort dans la balance. Il trouve que 38 jours sans la voir, c'est long. Une saison de ski alpin dure 4 mois, sans compter les nombreux camps d'entraînement!

Si Mathieu poursuit jusqu'à Vancouver, cette fois, ça sera avec l'objectif avoué de monter sur le podium. Fini le rôle de figurant.

Une belle ambition. Parce que justement, voilà la définition des Jeux olympiques d'aujourd'hui: le rendez-vous de l'excellence sportive.

 

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