1 GER 11 12 6 29
2 USA 9 9 7 25
3 AUT 9 7 7 23
5 CAN 7 10 7 24

Jean-Luc Brassard

Une soirée grandiose

Manon Gilbert

Des Jeux boudés...

Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Turin 13:50 • 26 °C

En direct de Turin

Manon Gilbert

Journaliste pour le site des Sports de Radio-Canada.ca, Manon Gilbert se passionne depuis longtemps pour les sports d'hiver. À Turin, elle suivra à l'intention des internautes tout ce qui entoure les Jeux.

Écrivez-moi!

Sauter dans le vide

Saut à ski

Photo: AFP/Martin Bureau

Ils ont de 16 à 22 ans. Ils pratiquent un sport, le saut à ski, dont la fédération n'est même pas reconnue au Canada. Depuis 7-8 ans, ils s'entraînent sans aucun soutien, ou si peu, si ce n'est celui de leurs parents et de leurs entraîneurs.

Ils s'appellent Gregory Baxter (16 ans), Graeme Gorham (18 ans), Michael Nell (22 ans) et Stefan Read (18 ans), un nom familier n'est-ce pas? C'est le neveu de l'ancien « Crazy Canuck » Ken Read, maintenant président de Canada alpin.

Ils ont appris en novembre 2004 que l'Association de développement du sport olympique de Calgary (CODA), qui gère la plupart des sites d'entraînement et de sports d'hiver au Canada, ne financerait plus à compter du mois de mars 2005 les rampes de saut à ski des Jeux de Calgary. La raison: personne ne les utilise. Pourtant, ils sont une centaine de jeunes sauteurs en Alberta.

Ils ne sont pas brevetés par Sport Canada. Donc pas droit aux 1500 $ par mois. Pour financer les coûts de leurs voyages et de leurs entraînements, ils sont obligés d'organiser des bingos. Mais comme raconte Graeme, c'est pas très bon pour la santé de passer la soirée enfermée dans un local enfumé.

Boudés par tout le monde

Malgré toutes ces embûches, ils ont réussi à se qualifier pour les Jeux olympiques de Turin. Surpris par ce résultat, la CODA leur a octroyé chacun la somme de 25 000 $. Une somme non renouvelable, a-t-on précisé.

Le gouvernement albertain a investi 600 000 $ pour rénover les installations... pour l'été seulement. Pour l'hiver, ça coûterait trop cher. Ils vont donc s'entraîner à Park City, sur le site des Jeux de Salt Lake City. Ça gruge une partie des 25 000 $.

Ils croyaient qu'avec le nouveau programme « À nous le podium », mis sur pied par le Comité olympique canadien (COC) pour que le Canada termine en tête du classement des médailles à Vancouver, ils auraient leur part du gâteau. En tout, on parle de 105 millions sur 5 ans partagés entre les diverses fédérations, surtout celles qui comptent des athlètes susceptibles de gagner des médailles.

Vous commencez à voir le portrait?

Après leurs excellents résultats l'été dernier, Stefan est devenu le premier Canadien à marquer des points en Coupe du monde depuis Horst Bulau en 1991, « À nous le podium » leur a remis 150 000 $. Ron Read, le père de Stefan et le chef d'équipe à Turin, en avait demandé 300 000 $, mais la moitié de l'année étant déjà passée...

Pour ajouter l'insulte à l'injure, outre Patinage de vitesse Canada, toutes les autres fédérations canadiennes, même celles de ski, ont voté pour exclure le saut à ski d'« À nous le podium ». On parle ici de 300 000 $. Divisez ce montant en dix, ça donne 30 000 $ de plus pour les autres. Rien pour écrire à sa mère.

Du temporaire à Vancouver

Pour survivre, Ron Read s'est donc tourné vers la Fédération internationale de ski (FIS) qui donne un peu d'argent. On parle de 2000 $, aux pays peu nantis. Parce que sachez qu'en saut à ski, le Canada est considéré comme un pays du tiers-monde. Notre budget, c'est la moitié de ceux de l'Estonie ou du Kazakhstan.

Il a présenté une demande de 80 000 $. Mais pour la FIS, difficile de justifier une telle somme avec Vancouver 2010 qui s'apprête à dépenser 30 à 40 millions pour construire ses installations. Sauf qu'il faudrait ajouter un autre 10 millions pour recouvrir les sauts d'une pellicule de plastique afin de les utiliser pendant la saison estivale.

Le comité organisateur des Jeux (VANOC) a dit non. D'ailleurs, pour épargner, le VANOC parle maintenant de construire des installations temporaires. Évidemment, Ron Read essaie de les convaincre du contraire. Peut-être que la 30e place de Stefan au K 120, sans trop de moyens, ajoutera un peu de poids dans la balance.

En attendant, sans se soucier de l'avenir et sans trop de moyens, les quatre jeunes continuent de pratiquer le sport qu'il préfère. Ils espèrent que leur participation aux Jeux de Turin fera bouger les choses et incitera d'autres jeunes à se joindre à eux.

Après tout, il y a sept ans, Gorham a eu la piqûre en voyant une vidéo à son école... présentée par Stefan.

Espérons que quelqu'un quelque part comprenne le message.

 

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