Une médaille de moins
Vous savez que le Canada devrait compter cinq médailles à son palmarès? Mais il en manque une en or. Pourquoi? Parce que le Britanno-Colombien Dale Begg-Smith porte désormais les couleurs de l'Australie.
Pris au sein d'une équipe canadienne trop forte et contingentée par les Jean-Luc Brassard, Stéphane Rochon, Dominick Gauthier et Pierre-Alexandre Rousseau, le nouveau champion olympique des bosses savait depuis fort longtemps que ses chances de percer étaient minces même s'il faisait déjà partie de l'équipe nationale de développement à 13 ans.
Mais comment donc poursuivre son rêve? Changer de pays, c'est bien beau, mais ce n'est pas tout le monde qui s'appelle Razanakolona et qui peut profiter de la nationalité malgache de son père pour représenter une autre nation!
Cependant, Begg-Smith, aujourd'hui âgé de 21 ans, n'a pas seulement la bosse des bosses, mais aussi celle des affaires. Pour aider ses parents à financer les dépenses reliées à son sport et à celui de son frère aîné Jason, Dale lance un site Internet qui gère des moteurs de recherche et des publicités pour d'autres sites. Aujourd'hui, son entreprise de marketing est évaluée à 40 millions.
Jeune millionnaire, Begg-Smith déménage sa famille en Australie, plus précisément en Nouvelle-Galles du Sud, à Jindabyne, en 2001, afin de suivre son entraîneur Steve Desovich, congédié par l'Association canadienne de ski acrobatique à la suite des déboires aux Jeux de Nagano.
Pendant trois ans, dans l'attente de son passeport australien, il n'a fait que s'entraîner. Une fois son précieux document obtenu, l'Australie a demandé au Canada de le libérer officiellement (puisqu'il possède les deux nationalités), ce qui lui a été accordé.
Aujourd'hui, quelqu'un quelque part dans le monde du ski acrobatique canadien doit s'en mordre les doigts.
Considéré par Jean-Luc Brassard comme le meilleur technicien du circuit, Begg-Smith, à l'instar de Jennifer Heil, est programmé pour gagner. Introverti, l'homme d'affaires n'accorde aucune entrevue (j'avais essayé de lui parler au mont Gabriel...), et se concentre uniquement sur le ski, un sport qu'il pratique pour le plaisir.
Mardi, à l'annonce de sa victoire, une légère réaction, mais aucun débordement. On connaissait le flegme britannique, maintenant il faudra parler du flegme australien.
Les larmes de Bilodeau
Pendant que Begg-Smith savourait l'or, un peu plus loin, il y avait un petit gars de 18 ans en pleurs et défait. Un petit gars de Rosemère déçu à l'idée d'avoir laissé tomber un pays qui fondait de grands espoirs en lui.
Révélation de l'année sur la scène des bosses et deuxième au classement de la Coupe du monde, Alexandre Bilodeau savait qu'il avait une médaille à portée de main. Une descente expressément pour épater la galerie avec un double périlleux arrière avec deux vrilles et un 1080, des sauts qui lui ont déjà valu deux médailles d'or en Coupe du monde. Une descente parfaite jusqu'à ce que sa main touche légèrement la neige à l'atterrissage de son deuxième saut. La même erreur qu'en qualifications, une erreur qui ne pardonne pas aux Jeux olympiques.
Dominick Gauthier, son entraîneur, a explosé de joie après sa descente. Il était convaincu qu'il venait de prendre la tête et, du même coup, de s'assurer une place sur le podium. Du haut de la piste, Gauthier n'avait pas vu l'erreur. Bilodeau, lui, savait. C'était fini.
Si près. Et en même temps si loin, car il faut attendre quatre ans avant de pouvoir se reprendre. Et comme Alexandre disait lui-même plus tôt cette semaine, « on ne sait pas ce qui peut arriver en quatre ans, alors vaut mieux en profiter maintenant ».
C'est décevant, certes, mais Alexandre devrait plutôt être fier d'avoir réussi ce que plusieurs croyaient impossible: se tailler une place au sein de l'équipe olympique en cinq Coupes du monde seulement.
Et puis quatre ans, ça passe vite!