Le duel
Alexandre Bilodeau - Dale Begg-Smith
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Je vous préviens, ce sera un choc. Ça en a été un pour moi et je suis relativement habitué à ce genre de situation. Dès les premières images à l'écran de votre téléviseur, vous allez constater que la compétition de bosses chez les hommes, c'est plus que du bonbon.
Hier, à l'entraînement, nous avons été soufflés par la vitesse des descentes, la hauteur des sauts, et le côté spectaculaire de la technique. Ce n'est pas que les femmes sont moins bonnes, c'est qu'elles empruntent un parcours avec des difficultés pour hommes.
Avant de m'accuser de quoi que ce soit, lisez ce qui suit!
Prenons par exemple la descente féminine: les dames ne partent pas du même endroit que les hommes. Pourquoi? Parce que physiologiquement, elles ne peuvent supporter les mêmes compressions que les hommes. Au même titre que les femmes courent moins vite le 100 mètres que les hommes. Ce n'est pas un reproche. C'est humain, c'est une question de génétique.
Sauf que dans les bosses, les femmes doivent négocier exactement le même tracé que les hommes, les mêmes gros sauts, les mêmes bosses, le même chronomètre. C'est de l'égalité entre les sexes dans sa plus simple expression, et c'est tant mieux.
Pour les spectateurs, c'est électrisant. Pour le psy de Sauze d'Oulx, c'est la délivrance!
Aujourd'hui au podium
Dale Begg-Smith est invité à Turin dans deux jours pour recevoir une médaille, son billet est déjà réservé. L'or, sûrement. Remarquez que j'aimerais mieux Bilodeau ou Moreau, mais Begg Smith est calme et concentré comme Heil l'était. Impressionnant!
Son histoire est dans tous les journaux ce matin. Canadien d'origine, fatigué de pourrir dans les méandres du système national, il va rejoindre Steve Desovich en Australie, l'ancien entraîneur de l'équipe canadienne de la grande époque.
Leur stratégie est apparue hier à l'entraînement comme un orang-outan apparaît dans une église. Pour gagner, pas besoin de faire le singe, de trop en faire si vous voulez. Il faut simplement bien exécuter tous les points importants avec prestance. Desovich sait que Bilodeau saute haut, mais que Begg-Smith est un meilleur technicien, et 50 % de la note des juges va à la technique contre 25 % pour les sauts. Leurs chronos seront semblables.
Quand Desovich a quitté l'équipe canadienne, ma carrière a foutu le camp également. Aussi talentueux qu'un athlète puisse être pour atteindre un podium à des Jeux, un entraîneur d'exception mène dans l'ombre.
Malheureusement, Pierre-Alexandre Rousseau n'a pas compris ça.
La montagne
Ils nous ont accueillis avec vin, saucisson, fromage et simplicité. Le rendez-vous était au village, mais rapidement nous sommes allés chez eux, à la montagne. L'équipe de Radio-Canada filmait par cette belle journée la légende de l'ours.
Le premier dimanche de février, l'ours descend de la Rocciamelone, la plus haute montagne du coin, pour se trouver une femme. Enchaîné par ses geôliers humains, il est frappé amicalement sur un coussin installé sur son dos, et mené en direction des bars avoisinants où les tournées de vin se succèdent. Un entonnoir sert de porte-voix à l'ours pour râler, mais aussi pour mieux ingurgiter toutes ces boissons!
Vous avez deviné que l'ours est un copain, il s'appelle Marco. Son costume se résume à des peaux d'animaux soigneusement accrochés à ses épaules. Ses geôliers sont Titi, Pera, Sergio, et Valencio le chanteur. Si les prises féminines sont rarissimes, la bonne humeur irradie d'entre les montagnes où l'on danse sur les tables du Monte Triplex. On rigole et on picole au son d'airs alpins chantés avec plaisir et passion.
Le slogan des jeux « Where the passion lives » trouve ici sa niche. Entre deux bouts de salami, Titi est en verve: « Nous ne sommes pas riches, mais nous aimons la vie. Et si nous avons à mourir, disparaissons la panse pleine en rendant quelqu'un cocu! » Valerio confirme les dires de son ami avec un autre chant alpin, et la fête reprend de plus belle!
La plus belle journée des Jeux après la soirée de Jennifer? C'est lorsque Mada a dansé sur une table à l'auberge Monte Triplex. Ne pensez pas que j'en fais une obsession, seul le hasard nous réunit! Décidément, elle est vraiment partout cette signora! Je me suis d'ailleurs retrouvé à également danser sur une table, en bottes de ski par surcroît. Je vous épargne les détails de la grâce de ce moment.
À l'évidence, je suis beaucoup trop vieux pour les bosses olympiques, ainsi que pour les danses sur les tables.