Un chef de piste importé de Magog
Nicolas Fontaine aux Jeux de Nagano... quand il était encore un athlète!
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Vous vous souvenez de Nicolas Fontaine? Le sauteur acrobatique québécois, quatre fois champion de la Coupe du monde et médaillé d'argent aux Jeux olympiques de Lillehammer, alors que son sport était en démonstration pour la dernière fois?
Eh bien, Nicolas est à Turin. À Sauze d'Oulx en fait. Pas comme athlète puisqu'il est retraité depuis 2003, mais comme chef de piste. Il est responsable de la construction du site des sauts.
En fait, ce n'est pas Nicolas qui devait initialement jouer ce rôle. Sauf que l'Italien initialement embauché à ce titre s'est battu avec le délégué technique de la Fédération internationale de ski (FIS). Pas besoin de vous dire qu'il a perdu son job.
Dans un vent de panique, à moins d'un an des Jeux, il fallait trouver quelqu'un pour le remplacer. À l'unanimité, les athlètes ont réclamé Nicolas, parce qu'ils avaient vu le boulot qu'il avait accompli à la Coupe du monde de Fernie, en Colombie-Britannique, quelques mois auparavant.
Malgré une forte tempête de neige la veille de la compétition, Fontaine travaillait sur le site dès 3 heures du matin pour redonner forme aux sauts et taper la neige sur la rampe de départ et l'aire d'arrivée. Résultat: quand les athlètes se sont pointé le bout des skis, ils avaient devant les yeux l'un des plus beaux sites de Coupe du monde jamais construits.
Pourquoi? Parce que Nicolas construit les sauts comme il aurait voulu qu'ils le soient quand il était athlète. Plus larges pour que les entraîneurs puissent monter dessus et les réparer, avec des rampes de départ moins raides et plus graduelles. Des petits détails sans importance pour le commun des mortels, mais qui font toute la différence pour les sauteurs.
Plus de 200 sites
Nicolas a donc été embauché par la directrice du ski acrobatique italien même si le grand patron du ski acrobatique de la FIS, Jos Fitzgerald, un Canadien par surcroît, se demandait bien ce que le petit gars de Magog connaissait dans la construction de sites.
En dix ans, Nicolas a façonné plus de 200 sites, à raison de trois par semaine. Mais ça, c'est une autre histoire!
Même l'Association canadienne de ski acrobatique refusait de lui accorder son niveau 3 d'entraîneur, bien qu'il ait suivi les cours théorique et technique, parce qu'il manquait de pratique dans la construction de sites. Disons que ce petit détail est maintenant réglé quand on devient chef de piste du site olympique!
Comme il ironise, c'est probablement en raison de ce manque de confiance que les Italiens l'ont fait venir trois semaines à l'avance. Le chef de piste des bosses, lui, s'est pointé trois jours avant la compétition!
Un « twoney » plus un « looney »
Arrivé à Sauze d'Oulx le 23 janvier, Nicolas a donc eu amplement le temps de modeler le site à sa guise. Il a même dû repousser la construction des sauts parce qu'il faisait trop chaud. Mais il en a profité pour payer un petit luxe aux athlètes en construisant des escaliers en bois plutôt qu'en neige!
Les athlètes sont restés bouche bée quand ils ont vu le site. Jeff Bean n'avait jamais rien vu de tel, tellement qu'il voulait s'entraîner sur-le-champ. Sauf qu'il a dû prendre son mal en patience jusqu'au 13.
Même M. Fitzgerald a dû s'incliner devant pareil résultat. Nicolas ne pouvait demander meilleure récompense que la reconnaissance de ses pairs.
Ne reste plus qu'aux athlètes canadiens à remporter des médailles pour mettre la cerise sur le sundae.
Pour poursuivre la tradition du « looney » chanceux coulé dans la glace de Salt Lake City, Nicolas a glissé un « twoney », un deux dollars, dans le saut 4 utilisé par les Canadiens. Comme un ours polaire est plus fort qu'un huard, le résultat devrait être encore meilleur, non?
Sauf que les Canadiens ont finalement opté pour le saut 5. Quand je l'ai quitté, Nicolas a sorti un « looney » de sa poche. Vous vous doutez bien de ce qu'il allait en faire?