L'enfer
Vous rêvez d'assister aux Jeux, de tout voir, de tout entendre, de tout vivre, d'avoir du « fun » et de comprendre quelque chose aux courses? Restez à la maison!
L'enfer, je vous dis! Ce matin, quand vous lirez les chroniques de vos journalistes favoris, ayez de la compassion pour eux. Ces gladiateurs du clavier, qui décrivent les joies et les peines des athlètes, oublient de vous dire à quel point leur train-train quotidien est laborieux!
D'abord, je vous parle de notre chère connexion Internet. Je soupçonne que ce joyau des communications a vu son budget atrophié de beaucoup pour mieux servir nos amis de la « famille olympique ». Résultat: il y a des journées comme hier où mon texte est gentiment resté dans mon ordinateur, alors qu'il ne demandait qu'à vous divertir.
Puis, les transports. Ce n'est pas qu'il n'y a pas d'autobus. C'est plutôt qu'un « Flin Flon » a décidé de rendre très compliqué quelque chose de tout simple. Un exemple? Disons que je veux faire le trajet Oulx-Jouvenceau-Sauze d'Oulx.
Dans un monde idéal, la trajectoire serait décrite de cette manière, mais c'est décidément beaucoup trop enfantin. On a plutôt écrit: ohms- phut- wzf! Et l'autobus est identifié comme suit: Dom 3 zpw 12! Au moment où j'ai finalement trouvé le bon quai d'embarquement pour Sauze d'Oulx, le chauffeur m'a dit qu'il allait à Sestrières, dans la vallée voisine!
Difficile pour les photographes
Prendre des photos de nos athlètes? Oubliez ça! Je n'ai pas le laissez-passer requis. J'ai tout de même trouvé le moyen d'entrer sur les sites avec ma caméra, alors qu'on me l'interdisait il y a quelques jours. Mais impossible de me placer aux endroits stratégiques. Je suis illégal aux yeux des organisateurs.
Au contrôle à l'entrée du site de ski acrobatique, j'ai pu passer la bouteille d'eau, mais pas son bouchon de plastique! Ne me demandez surtout pas pourquoi.
Si vous êtes journaliste, vous avez à écrire un texte complet en 30 minutes au très occupé et bruyant centre de presse, où le chauffage vous fait fondre plus rapidement qu'un sourire de Valentina au bar du village.
Pour terminer, ne demandez surtout pas aux bénévoles, habillés de leur beau costume officiel des Jeux, la direction pour n'importe où. Vous risquez de vous retrouver en France! Un chauffeur d'autobus, qui ne savait absolument plus où il était, a traversé le tunnel du Fréjus et du même coup, la frontière française. Il a immobilisé son autobus, puis a déclaré à ses passagers australiens qu'il démissionnait sur-le-champ, les obligeant à se débrouiller pour retourner en Italie!
Saint-Valentin
Mon patron est le premier à réclamer une photo de Mada. Comme c'est la Saint-Valentin, je vais être gentil et vous faire suivre une photo de... Valentina. C'est sa fête en quelque sorte. Ne pensez surtout pas que je passe mes soirées à regarder les demoiselles.
Hier, par exemple, je suis allé à l'église prendre des photos du site alpin de Val di Susa. J'ai pensé à ma mère et je me suis dit qu'elle serait fière de son fiston. Je me suis bien habillé et quand je me déplaçais pour les photos, je le faisais discrètement. Pendant ce temps, André, notre caméraman, filmait le nez du chef d'orchestre! Joli concert où l'on m'a prévenu que, malheureusement, il n'y avait pas de femmes dans cette chorale. Désolé maman, mais je vais devoir retourner au bar!
Les fameuses médailles
Pas de médaille pour le Canada? Du calme, ce sont les Olympiques, pas un téléroman. Pensez-vous vraiment que les athlètes le font exprès pour ne pas être sur le podium?
La beauté du sport, c'est qu'on ne sait pas comment ça va finir. Le meilleur gars au monde va peut-être terminer dernier. Pourquoi? Parce qu'il est une seconde en retard. Ce matin, il ressentait un début de rhume... et voilà où il a peut-être pris sa seconde de retard.
On fait un exercice ensemble, O. K.? Vous écrivez le texte ci-dessus quatre heures par jour, six jours par semaine, pendant quatre ans. Le but est évidemment de le savoir par coeur. Puis, un bon jeudi de février, 10 000 spectateurs, 23 caméras, 100 journalistes et 1 milliard de téléspectateurs vous regardent écrire votre texte le plus rapidement possible et sans faute, évidemment.
Pas le droit d'hésiter, ni de recommencer, ne serait-ce que pour un mot.
Le temps est écoulé, vous êtes satisfait, tout a été à merveille. Mais lors de la correction, on remarque que vous avez mis un « E » plutôt qu'un « É ». Vous avez perdu une seconde, vous êtes dixième! Ha! Ha! Craquer sous la pression, ça n'arrive pas qu'aux athlètes!
À bientôt!