Elle l'a fait, la petite

Photo: AFP/Fabrice Coffrini
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12 février 2006 - Elle a gagné la petite, l'adolescente de Spruce Grove devenue femme à Montréal. La fille au sourire ne l'a pas eue facile. Non pas sur cette piste olympique de Sauze d'Oulx, mais bien au cours de sa carrière d'athlète.
Justement, trop talentueuse, trop naïve, trop coquette pour ses anciennes coéquipières d'une autre époque, elle a connu la mesquinerie, la jalousie, la solitude. Elle a eu le malheur d'aimer s'entraîner et d'être trop bonne trop jeune.
Aux Jeux de Salt Lake City, cette situation explosive l'a presque détruite et pourtant, après avoir pleuré toute la nuit devant tant d'incompréhension, elle a réussi à terminer 4e, à un centième de point du podium.
Cette victoire olympique a commencé par un arrêt. Une année sabbatique alors qu'elle venait à peine d'obtenir une place dans l'équipe. Blessure physique à réparer, mais avant tout, des blessures mentales qui comprennent ce paradoxe: un amour du ski, de la performance et des montagnes, mélangé avec une haine du ski, due à un climat interne nocif au plus haut degré.
Des amis montréalais l'ont hébergée durant cette période. Ils l'ont aiguillée vers les sommités de l'entraînement physique, des traitements de physiothérapie et de la psychologie sportive. Son amoureux lui a redonné confiance.
Du coup, elle termine ses études à McGill et apprend le français. Une grande roue s'est tranquillement mise à tourner à cet instant, avec une trajectoire bien précise et des étapes définies. Cette victoire olympique n'est pas une destination, ce n'est qu'un transit sur une voie où le meilleur reste à venir.
Vous savez ce qu'elle a fait, la petite, entre les qualifications et la finale? Plutôt que d'aller jaser avec ses copines pour passer le temps, elle est allée pédaler sur un vélo stationnaire dans le chalet voisin pendant une heure et demie!
Une heure trente de vélo avant d'exécuter la plus importante épreuve de ski de sa vie! Après l'exercice, elle a avoué se sentir en pleine forme pour la course, sans avoir eu à s'imaginer toute la pléiade de scénarios de performances qui viennent à la tête des athlètes lors de cette interminable et difficile période avant la compétition.
Elle a gagné, la grande dame. Et sa noblesse inclut ce qu'elle n'a jadis pas connu: le respect de ses coéquipières qui le lui rendent bien.
Je les comprends!
D'abord, il y a quelques semaines, des athlètes canadiens anglophones de premier ordre ont émis le désir de ne pas être retenus comme candidats au poste de porte-drapeau. Leurs raisons: la proximité entre la cérémonie d'ouverture et leurs épreuves respectives pourrait causer un problème de concentration qui serait néfaste à leurs performances.
Il y a exactement 8 ans à Nagano, j'ai dit la même chose. À cette époque, le porte-drapeau était nommé la veille de la cérémonie d'ouverture et je compétitionnais deux jours plus tard. Mentionnant que le cirque médiatique m'avait assommé, (n'oubliez pas les 12 heures de décalage avec le pays), le Comité olympique canadien avait décidé, plusieurs mois plus tard, de nommer le porte-drapeau trois semaines avant les Jeux pour éviter ce genre de situation.
Mais avant qu'une telle décision ne soit prise, Don Cherry s'était permis de m'accuser d'être un mauvais ambassadeur provenant du Québec, que le droit de représenter mon pays à des courses internationales devrait m'être révoqué, et que mon sport était de deuxième ordre.
Ne vieillissant certainement pas en sagesse, cette personne en a rajouté cette année au sujet de ces athlètes responsables qui ont pris la dure décision de ne jamais risquer d'être porte-drapeau, les qualifiant de honte pour le pays!
Ma joie provient de ces athlètes anglophones qui, par leurs gestes, me disculpent de toute accusation d'allégeance politique. Mon plaisir est de savoir qu'une personnalité du sport canadien, Catriona LeMay Doan, a publiquement rabroué M. Cherry, l'accusant d'être lui-même une honte pour le pays!
Mais que va dire Don à ses disciples? La honte n'est plus le propre des athlètes amateurs, le hockey ne représente plus le bien versus le mal que sont les autres sports.
M. Cherry, vous avez une large tribune et vous n'hésitez pas à mettre en valeur les gens de ce pays. Mais êtes-vous certain que vos éditoriaux représentent vraiment ce que sont les Canadiens?
À bientôt.