Passion où te caches-tu?
10 février 2006 - Les Jeux olympiques! Dire que quand j'ai commencé à monter à cheval en 1984, je rêvais de représenter le Canada aux Jeux de Barcelone ou d'Atlanta, évidemment à cette époque le Comité international olympique (CIO) n'avait pas encore arrêté son choix sur les villes organisatrices.
Mes parents n'étant pas indépendants de fortune, j'ai vite constaté que je n'avais pas choisi le bon sport pour réaliser mon rêve olympique. Avec les années, j'ai compris que j'aurais dû changer de discipline, mais ma passion des chevaux était trop forte pour y songer, même un instant.
Le destin aura toutefois voulu que je participe aux Jeux, mais comme journaliste, par procuration quoi?
Un peu comme un athlète à son baptême olympique, j'avais hâte de constater de visu si tout ce qu'on m'avait raconté des Jeux était vrai. Quelle ne fut pas ma déception en débarquant à Turin mardi matin! Certes, les Jeux ne commençaient que trois jours plus tard, mais je m'attendais déjà à vivre une grande fête, à ressentir l'atmosphère olympique à chaque détour.
Tout le contraire. Suspendu entre deux saisons, l'automne et ses dernières feuilles mortes qui s'accrochent aux branches et le printemps et sa douce chaleur qui nous caresse la peau, Turin ne vit pas, encore espérons-le, au rythme des Jeux. Le slogan olympique « Passion lives here » (la passion habite ici) n'a pas pris tout son sens. Parce que la passion, on ne la sent pas, on ne la vit pas. Pourtant, les Italiens ne sont-ils pas réputés pour être des passionnés?
Pas de neige, pas de fièvre
Quelques banderoles Torino 2006 à l'aéroport, autour des convoyeurs à bagages, m'indiquent que je suis dans la ville olympique, mais sans plus. Le long trajet qui m'a menée de l'aéroport à mon village des médias m'a plutôt fait découvrir des champs labourés, des immeubles abandonnés, des chantiers de construction, mais aucun signe des Jeux.
Mais où sont-ils? Heureusement, en prenant la route du centre de presse, l'autobus est passé devant le Torino Esposizioni (hockey sur glace) et le Palavela (patinage courte piste et artistique). Oui, je suis bien au bon endroit.
J'étais toutefois encore sceptique. Comment le plus grand événement sportif de la planète peut-il passer aussi inaperçu dans une ville de un million d'habitants? Alors, j'ai pris d'assaut le centre-ville de Turin dans l'espoir de sentir un brin de passion.
Ça vibre... un peu. La place des médailles, située en plein coeur de la Piazza San Castello, donne un premier signe de vie à ces Jeux. La via Roma, la rue Sainte-Catherine de Turin, est bordée de drapeaux olympiques, mais aucun des marchands de cette avenue de luxe n'a daigné décorer ses vitrines aux couleurs des Jeux. Dès qu'on tourne à droite ou à gauche, sur une petite rue résidentielle, ce petit frisson de passion meurt.
Il paraît qu'en montagne, dans les villages de Sestrières, San Sicario ou Bardonecchia, la fête olympique bat son plein. Ça doit être à cause de la neige! Espérons que cette fièvre frappera une centaine de kilomètres plus au nord pour embraser Turin.
Vendredi matin, on a toutefois senti que les Turinois commençaient à se laisser envahir par l'esprit olympique lorsque la flamme a traversé leur ville. Dans quelques heures, les 20es Jeux d'hiver s'ouvriront pour faire partager au monde entier la passion de 2500 athlètes. Souhaitons seulement que les Turinois n'y restent pas insensibles.
Buoni Giochi! (Bons Jeux!)