Retour à MontréalPlus.caRetour à QuébecPlus.ca







- Entre les deux matchs
- Les coulisses du premier match
  - Les Anciens à l'entraînement


Vendredi saint 1984
Le match le plus sombre de l'histoire
 

20 avril 1984 – Au moment de disputer ce sixième match de la finale de la Division Adams, le Canadien menait la série trois victoires contre deux. En ce Vendredi saint, les Nordiques faisaient donc face à l'élimination. La rivalité québécoise s'apprêtait à connaître ses moments les plus fous et les plus sombres de sa courte histoire.

La première période s'était déroulée à peu près sans incident, exception faite d'une escarmouche qui avait opposé Mike McPhee à Wilf Paiement. Les Nordiques avaient inscrit l'unique but de l'engagement, lors d'un double avantage numérique. Le mesurage du bâton de Jean Hamel avait entraîné une pénalité. Peter Statsny s'emparait du retour de Jean-François Sauvé pour soulever le disque par-dessus Steve Penney. C'était 1-0 Québec.

Même si le Canadien avait dominé au chapitre des tirs au but, Daniel Bouchard avait repoussé les charges de Mario Tremblay et de Guy Carbonneau afin de préserver la mince avance des siens.

Situation explosive

En début de deuxième, le Canadien ratait une belle occasion de créer l'égalité lorsque Pierre Mondou glissait la rondelle derrière Bouchard sans qu'elle pénètre dans le filet. Chris Nilan ne parvenait pas non plus à marquer sur un retour de tir de Larry Robinson, le disque s'arrêtant contre le poteau.

Qui d'autre que Dale Hunter pour mettre le feu aux poudres? Après un arrêt de Penney, Hunter entre en collision avec le gardien. Une première escarmouche s'en était suivie et Hunter prenait seul le chemin du banc des pénalités. Aussitôt de retour sur la glace, Hunter récidivait. Une autre mêlée éclata. Le baril de dynamite était sur le point d'exploser. Une bagarre opposa ensuite Craig Ludwig à Anton Statsny. Le solide Slovaque étonnait par sa fougue et sa robustesse en ne reculant pas. L'écart était toujours d'un seul but.

Au moment où la sirène annonçait la fin de la deuxième période, une autre escarmouche, d'abord anodine, mit aux prises Dale Hunter et Guy Carbonneau. Les deux bancs se vidèrent, ce qui était alors permis par le règlement. Aujourd'hui à la fin d'une période, les joueurs qui sont sur le banc retraitent vers le vestiaire. D'abord l'équipe locale, puis l'équipe visiteuse, tout cela sous bonne surveillance des officiels.

Avec l'attroupement, la situation dégénéra rapidement. Chris Nilan s'attaqua à Randy Moller. Peter Statsny allait en découdre avec Mario Tremblay. Les deux gardiens substituts, Richard Sévigny et Clint Malarchuk, se livrèrent une longue épreuve de force. Difficile, dans toute cette pagaille, de départager ceux qui cherchaient noise de ceux qui voulaient calmer les esprits. C'est alors que le coup de poing sournois de Louis Sleigher à Louis Hamel jeta une douche d'eau froide qui calma les ardeurs. On rentrait enfin au vestiaire, mais le pire était encore à venir.

Manque de communication

Pour amorcer la troisième période, encore une fois, tous les joueurs sont sur la patinoire. On permettait alors à tout le monde de se dégourdir les jambes. De nos jours, seuls les joueurs devant participer à la mise au jeu initiale sont admis sur la surface de jeu.

Tout paraissait calme, pendant que l'arbitre Bruce Hood faisait part aux capitaines Bob Gainey et Mario Marois de la longue liste d'infractions signalées. Une erreur irréparable a cependant déjà été commise. Personne n'a fourni aux équipes les noms des joueurs d'ores et déjà exclus du reste de la rencontre. En entendant leur nom cité par l'annonceur maison, ces derniers relançaient le bal.

S'en suivit un affrontement d'une bonne vingtaine de minutes. Partout, à la grandeur de la patinoire, les joueurs se pourchassaient les uns les autres. Des duels étaient livrés avec une violence inouïe. Dès que l'on croyait le calme de retour, ça repartait de plus belle dans un autre coin de la patinoire. À la fin des hostilités, les Nordiques se retrouvaient privés de Louis Sleigher, Peter Statsny, Dale Hunter, Wally Weir et Clint Malarchuk pour le reste de la rencontre. Le Canadien termina le match sans Chris Nilan, Mark Hunter, Mario Tremblay, Mike McPhee et Richard Sévigny. Au total, plus de 250 minutes de pénalité, dont 132 au Fleurdelysé, ont été décernées.

Quand le jeu a retrouvé ses droits, Québec ajoutait d'abord à son avance par l'entremise de Michel Goulet. Il ne restait qu'une douzaine de minutes lorsque Steve Shutt a sonné le réveil du Tricolore, et le glas des Nordiques, avec le premier de ses deux buts. Rick Green, John Chabot et Guy Carbonneau complétaient la poussée de cinq buts du Canadien qui remporta finalement le match, 5 à 3, et la série par quatre victoires contre deux.

Une page de l'histoire du hockey québécois venait d'être écrite. Pas la plus belle, mais sûrement celle qui, près de 20 ans plus tard, alimente encore le plus de discussions dans les chaumières.

Feuilles de pointage officielles-20 avril 1984


À lire...
Le spectacle a cédé le pas à la fierté entre les Anciens Canadiens et Nordiques
Le Canadien l'emporte 5-2 dans le second match des Anciens
«Fournier a volé le show» - Daniel Bouchard
Les Nordiques gagnent le premier match 9 à 5
«Une très belle soirée» - Goulet
Les jambes et les langues se délient
Un joyeux 5 à 7 entre les anciens Canadiens et Nordiques
Le match le plus sombre de l'histoire
Les médias se souviennent