PAR... | Émission du jeudi 3 décembre 1998 | |||
À propos de lintuition | ||||
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Dans le dernier numéro du Guide Ressources, auquel je continue toujours de collaborer, Léon René de Cotret signe deux articles très intéressants qui portent sur lintuition. Je crois quil est bon de se familiariser avec ce concept, afin, peut-être, déveiller en nous cette ressource quest lintuition, tout en prenant bien garde de ne pas la confondre avec les souhaits secrets que lon peut entretenir. Le " Ah, moi, jai lintuition que ça va sarranger " lorsquon a envie que ça sarrange. Ou bien le " Moi, jai lintuition quil va se casser la gueule " parce quau fond, on a envie quil se la casse Ça cest vilain! Attention à ces mauvaises pensées, et surtout nappelez jamais ça de lintuition. | ||||
DE COTRET, L.R. | Pour ce premier article qui sintitule " Lintuition est une intelligence ", Léon René de Cotret a procédé à un collage dinformations variées sur le sujet. Il précise au départ : " Lintuition nest pas un domaine de connaissance théorique, mais dexpérience directe. Pour laborder, il faut nécessairement sinvestir personnellement et subjectivement, ce qui nexclut ni la rigueur ni le discernement. Mais on ne peut la considérer de lextérieur, comme un objet de curiosité séparé de nous. - Cest bien là la difficulté. - Elle exige de se tourner vers soi. " Il faut se regarder, se voir, pénétrer en soi. Limage qui me vient à lesprit pour illustrer ce propos est celle dun promeneur dans le bois qui aperçoit soudain, mais vaguement, du coin de lil, un animal à panache qui passe à une vingtaine de mètres. Et au moment où il se tourne pour le regarder, lanimal nest déjà plus là. Cest un peu ça lintuition. On se dit : " Je pense que je sais ce que voulait dire ce rêve " et plus on essaie de le préciser en mots logiques, plus, tout à coup, on le sent sévanouir. " Jétais sur le bord dun quai et est-ce que cétait un quai de gare ou un quai avec des bateaux? " et cest fini Lintuition vient de disparaître. Léon René de Cotret rappelle létymologie du mot " intuition " : In tueri, regarder vers lintérieur. " Cela exige, dit-il, de se tourner vers soi. [ ] Par ailleurs, comme toute expérience vraiment profonde, une fois quon la vécue, rien ne peut nous lenlever. " Il a interrogé trois personnes pour essayer de parvenir à une définition plus complète, ce qui lui a donné évidemment trois points de vue différents. Il y a dabord Jean Bouchart dOrval un bon ami à moi qui, au départ, a travaillé une dizaine dannées à Hydro-Québec, dans le génie électrique. " Pendant tout ce temps, écrit le journaliste à son propos, se dessinait en lui la certitude que derrière les formes et les phénomènes, tels que nous les percevons habituellement, la vie recèle un mystère incommensurable. " Puis, il a fait la connaissance dun maître de la tradition hindoue, ce qui la amené à se retrouver avec lui un peu plus tard dans le Nord de lInde, où il a passé plusieurs années à sinterroger sur la réalité, comment la saisir véritablement, etc. À son retour de lInde, il a pris la décision de consacrer le reste de sa vie à actualiser ce quil appelle " le pressentiment de lêtre ". À lintérieur de chacun de nous, il y a cet être dont nous avons, à certains moments de grâce, le pressentiment. Et avoir le pressentiment de lêtre, cest un peu avoir le pressentiment de lintuition. Je dirais que parmi certaines questions sur lesquelles jai potassé pendant plusieurs années, lintuition en est une. Jaime beaucoup poursuivre une recherche, et faire certaines lectures qui confirmeront ou infirmeront les opinions ou les réponses que jai pu trouver - qui ne sont jamais définitives, du reste. Elles se refont et se défont autour dun noyau central et plus encore avec lâge, croyez-moi. Je retrouve avec joie, parmi les gens qua rencontrés René de Cotret, un personnage que jai bien connu, le docteur Daniel Capon, qui était lun des conseillers en psychologie à la direction dExpo 67. Il a été professeur de psychiatrie de lUniversité de Toronto et de lUniversité du Maryland. Or, il a de lintuition une définition très scientifique, un peu stricte même : " Cest la plus ancienne faculté de lhomme, affirme-t-il, elle sapparente à un instinct supérieur apparu avant même la parole. Elle est aujourdhui cachée derrière lintelligence rationnelle, mais on peut y accéder de nouveau et en tirer profit. " Et il rattache ses recherches à la neurologie, parle des formes dintelligence que lon a et estime que lintuition, finalement, procède de notre cerveau le plus ancien, " le cerveau primitif qui possède le plus dexpérience et des ressources insoupçonnées ". Selon lui, cest là lorigine de lintuition. Je trouve lidée très intéressante et elle remet en question un peu la vision que jen avais. Personnellement, je fais une différence entre linstinct et lintuition. Linstinct est du niveau de lanimalité. Si la porte souvre et quil y a un bruit, je me retourne rapidement comme pour échapper à une épreuve, à un obstacle, à une rencontre qui serait fâcheuse... Mais lintuition ne mapparaît pas de ce niveau-là. Vous vous souvenez, il y a quelques semaines de cela, je faisais la distinction entre la vision de linconscient quavait un certain Myers par rapport à la vision quen avait Freud. Pour Freud, cétait un réservoir dexpériences généralement assez négatives qui se sont produites dans lenfance. Myers, au contraire, avait le sentiment que cétait un mine dor. Linconscient aurait plusieurs niveaux et un de ces niveaux serait linstinct, au niveau inférieur; et ce nest rien de mauvais parce quil faut bien quune maison ait un rez-de-chaussée puis un premier étage, chez lhumain cest lanimalité. Puis au niveau supérieur, au troisième étage, si vous voulez, ou au grenier, il y a à lautre extrême : la divinité de lêtre. Cest beaucoup dire parce que, évidemment, ce nest pas un mot employé souvent en neurologie. Lintuition participe de ce niveau supérieur de linconscient, tel que je le vois, alors que linstinct, cest plutôt quelque chose qui appartient au niveau inférieur de lanimalité de lêtre. Lauteur rapporte une autre définition de lintuition, celle qui correspond à la pensée anthroposophique de Rudolf Steiner : un personnage très important, qui a dailleurs encore une influence très grande ici, au Québec, dans certaines écoles de pensée et dans certaines cultures biologiques également, parce quil sest occupé aussi de biologie. Cétait un homme qui possédait une connaissance absolument encyclopédique. " Selon Steiner, écrit Léon René de Cotret, lintuition est le plus élevé des trois degrés de développement de nos facultés spirituelles : imagination, inspiration et intuition. Limagination constitue une étape où la pensée devient vivante, où elle nest plus reliée seulement au cerveau physique mais touche à lélément éthérique. " Le niveau de linspiration, nous dit Steiner, est du domaine de laction. Et selon lui, le domaine de laction est un domaine où " des êtres spirituels inspirent directement les actions des humains ", explique lauteur de larticle. Arrive ensuite le troisième niveau de la sphère : lintuition, dans laquelle " on vit directement avec les êtres spirituels ". Peut-être pas nécessairement au plan matériel. " Très peu de gens le font consciemment. Des intuitions surgissent parfois par flashes incontrôlés, mais la ' vraie ' intuition est tout à fait consciente. À ce stade, on en arrive à ce que notre volonté (notre faculté daction) soit aussi éveillée que lest actuellement notre pensée. Il y a alors une unité, une instantanéité entre la pensée, le sentiment et laction, et on devient transparent. " Telle est la vision de Steiner. Quand on parle de communication avec des êtres spirituels, cela ouvre la porte à beaucoup de convictions qui ne reposent pas toujours sur la logique. Il y a aussi tout le monde du paranormal qui se rattache à cette vision. Cest un fait maintes fois établi : lintuition, ça se vend bien. Le marché est inondé dune multitude de livres, dateliers, de conférences, de cassettes audio et vidéo qui promettent déveiller votre intuition. Aux États-Unis, il existe même un mensuel qui sappelle je vous le donne en mille Intuition. Il y a dailleurs un site Web sous Intuition Network. | |||
DE COTRET, L.R. | Dans le deuxième article de René de Cotret, il est plutôt question de laspect pratique de lintuition. De toute évidence, il a fait le tour de la question en consultant plusieurs sources de référence. Il mentionne, par exemple, Frances Vaughan qui a écrit un classique, Awakening Intuition, un ouvrage très important. Il explique, entre autres, quon ne peut pas faire grand-chose pour provoquer la venue de lintuition, mais beaucoup pour créer les conditions propices à son émergence. De son côté, le Dr Marcia Emery, auteur du Intuition Workbook, suggère une méthode pour créer ces conditions propices. Par étape, il faut dabord exprimer une question : elle doit être claire, brève, unique et honnête. Par exemple : " Est-ce le bon moment de changer de travail et de déménager? " est une mauvaise question. Il faut nen poser quune, comme : " Devrais-je changer de travail? " Deuxième étape : procéder à la détente du corps physique par la respiration et la relaxation, au moyen dinspirations et dexpirations aussi lentes que possible. Aussi : " visualisation dun bien-être qui parcourt le corps petit à petit, observation des sensations de chaque partie du corps en contact avec le sol ou avec sa chaise, etc. Le but consiste à se retrouver dans un état de réceptivité, de sécurité et douverture maximale. " Troisième étape : se centrer. " Il sagit en fait de diriger son attention sur un seul objet ou dans une seule direction, que ce soit par une affirmation, [ ] par un mantra, [ ] en se concentrant sur sa respiration, en fixant une forme géométrique, etc. " En fait, ça ressemble beaucoup à la méditation. Tout cela vise à calmer le mental, le fou dans la tête, le singe sur lépaule, lâne ivre, etc. Ce avec quoi on vit toute la journée, tout le monde le reconnaît maintenant. Donc " laisser momentanément la pensée rationnelle en arrière-plan pour accueillir lintuition. " Quatrième étape : laisser émerger la réponse. " Dans cet état de réceptivité, on pose la question précédemment formulée. Après, il faut attendre avec une ' volonté passive ', sans forcer pour obtenir un résultat, idéalement sans même espérer le résultat, en restant ouvert à ce qui apparaîtra ou napparaîtra pas. " Personnellement, jai de la difficulté une fois parvenu à cette étape parce quà force de vouloir ne rien faire pour faciliter la chose, je finis par faire trop. Je pense quaprès avoir posé la question précise dans un contexte de calme et de vide mental relatif, étant donné la folie qui nous habite, il est bon de passer ensuite à autre chose. Je vous suggère denvoyer pour ainsi dire la question quelque part dans le cosmos - ça fait très nouvel âgeux ça non? [rires] - , et à un moment, bizarrement, vous allez remarquer un objet qui va vous faire penser à quelquun ou à quelque chose. La réponse est là, sans rapport avec lobjet bien souvent parce que cest le cheminement qui va vous donner la réponse. Cest, en tous les cas, limpression que jai. Mais si vous êtes très discipliné et que vous pouvez arriver à manifester cette volonté passive, cest très bien. À chacun sa clé. | |||
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La suite de nos origines | ||||
SIMONNET, Dominique. La plus belle histoire du monde, Éd. Du Seuil, 1998. | Dans un ouvrage qui sintitulait La plus belle histoire du monde, il y a quelques années, Dominique Simonnet, le rédacteur en chef de LExpress, sentretenait avec Hubert Reeves, Joël de Rosnay et Yves Coppens. Il sagissait délaborer sur ces trois étapes de lhumanité : laspect cosmique, laspect biologique et laspect paléontologique (le début de la vie sur terre, lorganisation de la matière). Et bien je suis heureux de voir quil y a une suite à ça. Simonnet a rencontré cette fois André Langaney, généticien, Jean Clottes, conservateur général du Patrimoine, qui soccupe des uvres " artistiques " héritées du néolithique, et Jean Guilaine, professeur au Collège de France, auteur de La Mère partagée. Dans cet ouvrage, cest donc le récit de nos origines qui se poursuit. | |||
Au départ, cétait la vie dans le cosmos, la vie biologique, ensuite le début de la vie sur la planète et maintenant on regarde du côté de la génétique, du néolithique et de lhistoire. Le thème principal est lévolution de lhumanité, en somme. Comment la Terre devint humaine. " Trois actes de la comédie humaine relatent trois conquêtes, peut-on lire sur la couverture arrière du livre : celle du territoire, celle de limaginaire et celle du pouvoir. Ou comment lhomme sest arraché à la nature, la colonisée, transcendée, transformée, puis sest pris au piège de sa propre culture. Et si nous étions encore dans la préhistoire de lhumanité? ", demande Simonnet. Cest bien probable. On naura même de la chance si ça ne sarrête pas là " Le mélange cest la diversité ", estime Langaney. " Avec la mondialisation des échanges, linterroge Dominique Simonnet, nallons-nous pas vers une uniformisation, résultat du grand mélange? " " Non. La promiscuité généralisée est une idée fausse. " Ça mintéresse dautant plus que ce nétait pas mon opinion et que je suis encore en train den changer. À propos de la diversité des peuples nés de la préhistoire, Langaney fait remarquer : " À lheure actuelle, les déplacements à longue distance et limmigration ne concernent même pas 10 % de la population mondiale. [ ] Les grandes cités, même les plus peuplées, grandissent dans un melting pot local et non pas mondial. Les villes qui représentent vraiment des creusets du mélange des populations ne sont pas majoritaires. " Et voici une autre opinion quil faut que je revoie : " On dit souvent que la population humaine, à force de mélange, va produire de plus en plus dindividus métissés, café-au-lait en quelque sorte " dit Simonnet. Cest bien ce que je disais, à un moment, et bien je crois que je me trompais. Heureusement, cest si rare [rires] Voici ce quen dit Langaney : " Cest une autre idée fausse. Lanalogie est trompeuse. On pense quen mélangeant du noir et du blanc on obtient du café-au-lait, une belle teinte intermédiaire. Cela paraît vrai quand on regarde les métis de première génération, qui ont souvent une couleur de peau à mi-chemin entre celles de leurs parents. Mais les généticiens le savent bien, la deuxième génération reconstitue généralement le type des grands-parents et recombine généralement des caractères qui étaient dissimulés chez leurs parents. " Il donne là-dessus un exemple : celui des Brésiliens, qui ont dans leurs gènes une faible composante amérindienne, une composante africaine plus forte et une composante européenne. Alors les uns sont blancs, les autres sont plus foncés, etc. Si je comprends bien, la diversité des êtres va subsister. Quen est-il de la langue ou des langues? " Au néolithique, explique Langaney, chaque village tendait à avoir son propre dialecte, un parler pour 500 personnes. [ ] Les langues les moins parlées vont séteindre. Certains linguistes vont jusquà estimer que, dans vingt ans, 95 % des langues actuelles auront disparu! " Cest quil y en a des milliers de langues Quen est-il de la diversité culturelle? Il est évident que la perte de la diversité culturelle est très mal vécue par les scientifiques. Les ethnologues voient leur matériel humain leur filer entre les doigts Mais qui souhaiterait que, sous prétexte de préserver leur culture, des populations continuent à vivre hors de toute assistance médicale, sans accès aux techniques modernes, comme vivaient nos ancêtres il y a cinq mille ans, ou des aborigènes australiens il y a encore un demi-siècle? " " Pleurer sur la diversité perdue, cest un luxe dOccidental ? ", demande Simonnet. " Oui. Il ne faudrait pas établir une sorte de religion de la diversité humaine, où on louerait tout ce qui est différent, exotique ou un peu singulier. Dans toutes les cultures de la planète, il y a des comportements que lon peut qualifier dinhumains et contre lesquels il faut lutter. On ne peut pas admettre, au nom de la culture et de la différence, que lon coupe les mains des voleurs ou que lon soumette des enfants à des mutilations sexuelles " Une grande mutation est survenue il y a moins de dix mille ans : lhumain est né. Jean Guilaine nous le rappelle : " Lhomme existe depuis trois millions dannées. Il a vécu en chasseur-cueilleur, pendant deux millions neuf cent quatre-vingt-dix mille ans. La mutation du néolithique a donc duré moins de dix mille ans, à peine quelques millièmes de notre histoire Rien à léchelle de laventure humaine! Cette période fondamentale est donc toute récente. Elle fait partie de notre présent. Pour moi, tout ce que nous avons décrit dans ces pages ne relève dailleurs pas de la préhistoire, mais de lhistoire. La nôtre. [ ] Pour les spécialistes, lhistoire ne commence quavec lécriture, tout ce qui précède étant la ' pré-histoire '. [ ] On a toujours tendance à minimiser linfluence de nos ancêtres. Il y a peu de temps encore, on disait que les artisans spécialisés étaient apparus avec lâge du bronze. Cest faux. [ ] " Nous serions toujours dans le néolithique, en somme ", conclut Simonnet. " Oui. Eux cest nous! de répondre Jean Guilaine. Le néolithique, cest la source de notre histoire, le moment où lon a commencé à artificialiser le monde. " Sur ce plan, la mission est réussie : la planète est entièrement conquise, le monde sauvage circonscrit, la nature asservie ", ajoute Simonnet. " Désormais, il ny a plus de milieu naturel. " Je vous lavais bien dit | ||||