| Émission du mercredi 31 mai 2000 | ||||
|
Alibis pour conjoints infidèles |
||||
HIDOUCI, Valentin. " Des alibis pour conjoints infidèles ", L’Express, 11 mai 2000. |
J’apprends qu’il existe une société britannique qui propose des alibis pour conjoints infidèles. C’est toute une organisation, qui compte 22 salariés, où des opératrices répondent au téléphone 24 heures sur 24 à des conjoints inquiets de l’absence prolongée de leur partenaire. Elles jouent à tour à tour le rôle de secrétaire, de collègue de travail, ou de réceptionniste. C’est extraordinaire d’utiliser le mensonge à ce point-là… Mais, vous savez, les alibis sont ce qu’ils sont parce que je me souviens d’un bonhomme qui avait raconté à sa femme qu’il s’en allait dans le Nord pour pêcher la truite et quand il est entré chez lui, sa compagne lui a dit : " Ta truite vient de t’appeler… " |
|||
|
|
||||
|
Réponse au courrier |
||||
|
Je vais maintenant répondre à quelques lettres reçues, car nous recevons un courrier abondant, ce dont nous nous réjouissons beaucoup. C’est Stéphanie, l’une de mes collaboratrices qui travaille sur le site Par 4 chemins, qui répond aux internautes le plus souvent. Aussi se communique-t-on les informations dans l’équipe. Ce que nous écrit Robert G. à propos des baby-boomers me porte beaucoup à réfléchir. " Une idée circule dans le milieu. Nous pensons créer des communes pour les gens de notre âge (et de notre génération) pour que nous puissions nous entraider les uns les autres. " Ah ah! Comme vous voyez les baby-boomers commencent à être effrayés eux aussi par le vieillissement. [rires] Je les comprends donc… Pour avoir suivi de près la création de nombre de communes, je vous dirai qu’elles sont rares celles qui fonctionnent bien et longtemps. Dans votre cas, il est possible que ce soit plus facile parce que, parmi les gens vieillissants, les plus emmerdeurs vont peut-être mourir avant les autres. C’est du moins la grâce que je vous souhaite. Pour qu’une commune fonctionne harmonieusement, il faut un rapport très positif entre les individus et, en particulier, entre chaque individu et la communauté. En un sens, l’idée de commune n’en est pas une mauvaise du tout, c’est le retour à une forme de vie tribale. Personnellement, j’ai observé ce mode de vie dans les campings que j’ai fréquentés à un moment. J’ai vu comment la vie tribale s’organisait, comment les gens avaient des tâches collectives et gardaient leur individualité. Donc, c’est possible, mais il faut dire que dans ce cas-là, les gens finissent toujours par se retrouver chez eux, seuls ou avec leurs intimes, que l’on parle de camping, motorisé ou non. Mais je crois que dans le cas d’une vie communautaire, à notre époque surtout, il faut veiller beaucoup à protéger une certaine individualité. Parce que, d’une part, nous sommes dominés par l’individualisme et les êtres sont tous, quoiqu’ils disent, extrêmement chatouilleux sur cette question, selon l’expérience que j’ai pu en faire. Mais comme le vieillissement n’est pas une sinécure non plus… le vivre en communauté, peut-être est-ce une bonne idée. |
||||
|
Dans sa lettre, Marie-Chantal nous confie son ras-le-bol d'être blonde. " Je suis moi-même une vraie blonde (avec les yeux bleus), dit-elle. […] Les jokes sur les blondes sont légion et ça commence à me tanner d’autant plus qu’elles ne sont pas très drôles, bas de gamme quoi! Le pire, c’est quand la fille de mon chum se met à m’en raconter une. Elle est brune, elle… " Elle avoue qu’elle a eu à souffrir beaucoup de toutes les plaisanteries qui circulent à propos des blondes. Vous savez, je pense que c’est un revers des choses, parce qu’il faut dire qu’il y a derrière ça beaucoup d’envie de la part des autres. Et le fait de le savoir devrait être de nature à vous rassurer. Il vous faut apprendre à vivre avec ça. Ce sont des archétypes qu’on retrouve entre autres au cinéma. Alfred Hitchcock, par exemple, employait toujours des blondes pour ses héroïnes de films, si vous avez remarqué. Je ne sais pas si Shakespeare avait précisé qu’il fallait que Desdémone fut blonde : j’en doute fort, mais généralement celle qui joue ce rôle est blonde, d’autant plus que Otello, qui est un Maure, a la peau basanée. Joli contraste. Dans La belle et la bête, également, et dans les comédies musicales, on tient compte de cet archétype-là. Certains psychologues y voient un rapport à l’enfance, à la protection, etc. C’est un peu mythique… Je pense à Marilyn Monroe. Bref, cessez de souffrir et dites-vous qu’il y a pire dans la vie que d’être blonde… il y a d’être vieux! [rires] Je parle des autres, bien sûr. |
||||
|
" Les excentriques détiennent le secret du bonheur ", nous écrit Robert B. Je ne sais pas si j’irais jusque-là mais je vous avouerai franchement que je crois que l’excentricité est une façon d’assurer la survie de l’individu, d’assurer sa liberté aussi et d’obliger les autres à respecter ce qu’il est. Je vous ai déjà raconté qu’un jour, je parlais justement de cette question avec Henri Laborit le biologiste qui a développé entre autres choses un concept dans lequel il parle de l’inhibition d’action par rapport à l’activation, et je lui disais : – J’ai lu récemment un ouvrage sur l’excentricité et les excentriques britanniques, écrit d’ailleurs par une excentrique elle-même, et je découvrais, parce qu’elle gardait toujours la même structure dans tous ses chapitres, qu’à la 16e ou 17e ligne, elle donnait l’âge du décès de la personne dont il était question. Et j’étais frappé de constater que les excentriques dont elle parlait étaient décédés à 85 ans, 90 ans, 103 ans. En général, au-dessus de 80 ans, en tout cas. Alors, Laborit m’avait répondu que c’est exactement ce que lui-même aurait pu dire, parce que, selon lui, les excentriques ont une façon de se comporter (des attitudes et des réactions particulières) devant la vie et avec les êtres qui empêche que ne se crée ce syndrome de l’inhibition d’action où l’on se sent coincé. Eux ne se sentent jamais coincés parce qu’ils sont toujours en mesure de rebondir soit à l’abri de leur personnage ou à la faveur d’un pied de nez quelconque, d’une tournure d’esprit ou justement d’une certaine attitude qui va leur permettre d’échapper à la contrainte du politiquement correct. Et ils s’en portent très bien merci. Je ne sais pas si c’est là le secret du bonheur, mais ce n’est certainement pas désagréable de pouvoir se réfugier quelque part comme ça du côté de soi-même, je dirais. |
||||
|
|
||||
|
La science au féminin |
||||
|
|
Dans cette émission, il va beaucoup être question de paradigmes, dans le sens de modèles. Selon le modèle que l’on a, que l’on se forge de la réalité, on a des attitudes différentes, alors on la perçoit différemment et l’on est soi-même différent. La première idée, ce sera peut-être de souligner la nécessité, en science par exemple, de modifier le paradigme car la science est beaucoup trop masculine. À ce propos, j’ai trouvé un article fort intéressant paru dans le N° 25 de Nouvelles Clés et qui s’intitule " Ce que nous gagnerions à féminiser la science ". J’ai trouvé dans cet article de Jean-Pierre Lentin, chroniqueur scientifique, beaucoup d’informations qui ne m’étaient pas familières du tout, mais aussi certaines que j’avais découvertes avec étonnement, à un certain moment.
Dans cet article, on parle de Pythagore, qui est considéré comme un des pères de la démarche scientifique, si on remonte à la plus haute Antiquité, et dont l’épouse, aussi mathématicienne, s’appelait Theano. " L'épouse de Pythagore est considérée comme une théoricienne importante du mouvement [mystico-mathématique], et le dirige après la mort de son mari. On retrouve en germe dans la doctrine de Pythagore tout le devenir des sciences jusqu’à nos jours, y compris les tendances les plus contradictoires ", nous dit Jean-Pierre Lentin. " Paradoxalement, ajoute-t-il, la discrimination intellectuelle à l’encontre des femmes n’a pas toujours existé, […] les femmes étaient bel et bien présentes et actives lors de la constitution des savoirs de l’humanité ", poursuit l'auteur. Il parle de l’Inde, de la Chine, de l’Égypte, pour trouver, dans la préhistoire des sciences, la présence des femmes. Donc, elles l’étaient aussi à l’époque de Pythagore, mais leur implication dans le domaine de la science a peu à peu, pour ainsi dire, quasi disparu. Peut-être que l’influence de Platon a été pour quelque chose dans ce phénomène puisqu’il dirigeait une école qui n’était pas accessible aux femmes… On retrouve cependant quand même des femmes qui ont joué un rôle important en science, à différentes étapes de l’Histoire, comme par exemple Hypatie d’Alexandrie, dont l’histoire est extrêmement tragique. " Véritable martyre de la science au féminin, elle fut longtemps considérée comme la plus célèbre femme scientifique de l’histoire, jusqu’à Marie Curie. Hypatie vit à Alexandrie, au 4e siècle de notre ère – et elle était attachée à la bibliothèque d’Alexandrie. – Elle a reçu de son père une éducation de mathématicienne et d’astronome. Elle écrit des traités, invente des instruments de mesure, elle enseigne publiquement et rassemble un auditoire où se mêlent des païens, des juifs et des chrétiens. Puis un chrétien fanatique, Cyril, devient patriarche d’Alexandrie. Il veut en chasser les Juifs et les intellectuels néoplatoniciens, dont Hypatie est une des représentantes illustres. On la somme de se convertir au christianisme, elle refuse. En l'an 415, une escouade de jeunes fanas chrétiens la lynchent sauvagement en pleine rue. On dit qu'elle fut mise à nu et écorchée vive à coups de pierres et de coquilles d’huîtres… " C’est dire qu’être une femme scientifique à cette époque-là ne devait pas être facile. |
|||
" Chassées depuis l’Antiquité, les femmes reviennent avec les Lumières, poursuit notre auteur. […] Après la Renaissance, au siècle des ‘ Lumières ’, les premières sociétés scientifiques et les universités calquent leurs institutions sur le modèle ecclésiastique. – Tenez-vous bien, ce que je vais vous dire va vous consoler, mesdames. – Non seulement ces institutions excluent les femmes mais, pendant longtemps, même les hommes mariés… D’où la figure emblématique de cette époque, Isaac Newton – le plus grand cerveau en Occident, pense-t-on, jusqu’à Einstein du moins – resté puceau toute sa vie. " On ne peut pas tout être… Notre auteur, Jean-Pierre Lentin,
fait ici un rappel que je trouve très significatif : " Au 18e siècle, pourtant, on voit apparaître des femmes scientifiques. Ce sont des astronomes et des mathématiciennes. Elles ont court-circuité les obstacles en travaillant, par exemple, aux côtés d’un père, d’un frère ou d’un mari, elles n'ont certainement pas obtenu les postes ou les rétributions qu'elles méritaient, mais elles existent, elles enseignent, elles découvrent, elles publient. " Sur ce, l'auteur énumère plusieurs noms dont je ne connais vraiment que Sophie Brahe, une grande astronome de l’époque. Il faut dire que Tyco Brahe était l’un des grands astronomes de son temps et je crois que Sophie était son épouse, ou peut-être sa fille, je n’en suis pas certain. |
||||
|
Nous arrivons enfin à Marie
Curie, |
||||
Il y a aussi une femme qui a joué en science un rôle très important, et involontairement peut-être aussi sur le plan de la politique. Il s’agit de Lise Meitner : " Lise Meitner est peut-être en science le personnage féminin le plus important du 20e siècle, puisque c’est grâce à elle que le pire a été évité. Le pire, c'était que l’Allemagne nazie développe la bombe atomique avant les Alliés. Il s’en est fallu de peu puisque, de l’avis général, les physiciens allemands étaient à l'époque les meilleurs du monde. Lise Meitner, d’origine juive, travaillait au laboratoire de physique d'Otto Hahn à Berlin. En 1938, elle fut la seule à comprendre que les inexplicables réactions que l’on observait étaient en fait les premières manifestations de la fission nucléaire. Elle n’en a pas fait part à ses patrons, s'enfuit au Danemark, puis alerta les physiciens européens exilés aux États-Unis dont Einstein. " " Parmi les exemples célèbres d'une approche
plus ‘ féminine ’ dans la recherche au 20e siècle,
on cite avec raison le cas de Barbara McClintock, qui obtint tardivement
le prix Nobel en 1983 pour la découverte des ‘ gènes
sauteurs ’ – L'auteur de cet article nous entretient ensuite de découvertes que seules les femmes pouvaient faire. " L'autre courant exemplaire, dit-il, c'est la révolution dans l’étude des singes initiée par trois grandes primatologues, Diane Fossé et les gorilles, Jane Goodall et les chimpanzés, Shirley Strum et les babouins. Avant elles, les spécialistes passaient peu de temps sur le terrain et basaient une bonne part de leurs théories sur des observations faites dans des zoos ou en laboratoire. Ces femmes, au contraire, s'immergent dans l’environnement naturel, passent des années au contact des animaux, apprennent à connaître chaque individu et développent une véritable empathie envers leurs sujets d’étude. " Tout cela pour dire qu’on n’est pas toujours conscient qu’il y a eu effectivement des femmes, et assez nombreuses, dans l’histoire de la science. On en compte, dit-on, parmi les anthroposophes, les pléomorphistes, les radiantes, etc. On parle aussi de Lynn Margulis, une de mes préférées, la spécialiste des micro-organismes qui a développé une vision fondée sur la coopération et la symbiose, plutôt que sur la lutte impitoyable pour la survie. C’est curieux mais on dirait que les valeurs masculines ont une tendance à pousser les hommes, qui font l’étude des micro-organismes, à mettre davantage l’accent sur la lutte impitoyable pour la survie. Avec madame Margulis, on voit que ce qui l’avait le plus frappée dans l’étude des micro-organismes, c’était la coopération et la symbiose qui assuraient la survie, donc l’évolution de la vie sur Terre. " On voit donc bien émerger un versant plus féminin
de la science, privilégiant l’éthique – Cette étude qu’il a faite avait pour but de parler des femmes dans la science mais c’était aussi pour répondre à la question : Qu’est-ce qu’on gagnerait à féminiser la science? |
||||
|
||||
|
|
||||
|
Willis Harman |
||||
|
Je vais maintenant vous parler d’un homme que j’ai beaucoup aimé, bien que je ne l’ait pas beaucoup connu, et avec lequel j’ai eu le plaisir de travailler à quelques reprises, en plus de l’avoir rencontré à d’autres occasions pour bavarder avec lui. Il s’agit de Willis Harman qui était, à l’époque, président de l’Institut des sciences noétiques fondé par Edgar Mitchell. Il est décédé depuis plusieurs années. Harman a écrit un livre que j’ai contribué à faire traduire et publier en français, pour ne parler que d’un, mais il est l’auteur de plusieurs autres ouvrages. C’était un scientifique de grand abattage. Étant donné que je ne possède pas beaucoup de documentation qui me permettrait d’en savoir plus long sur le personnage, je vais passer à certains aspects de son enseignement car c’est ce qui est le plus important. |
||||
Il a beaucoup parlé, pendant 25 ans au moins, de ce que nous étions en train de changer de paradigmes. Paradigmes de vision de la réalité, de modèles de la réalité, et il percevait cette situation, disait-il, comme une seconde révolution copernicienne. Souvenons-nous que la révolution de Copernic tient à ceci qu’avant lui, pas tout le monde mais le consensus voulait que la Terre fut au centre de l’Univers et que les planètes, y compris le soleil, tournaient autour. Pour eux, le centre c’était la Terre et l’être humain c’était le nombril du monde, en quelque sorte. Mais tout à coup, arrive Copernic pour dire ce que d’autres savaient avant lui, je le précise… (Pythagore, en particulier, qui enseignait que le soleil était au centre de notre monde)…que c’était le soleil qui occupait le centre. Il faut rappeler, qu’à l’époque, c’était très important pour les gens de religion, du fait que le fils de Dieu était venu sur Terre, etc., de croire que la Terre était le centre l’Univers. Lorsqu’arrive Copernic avec sa vision héliocentrique [helios veut dire soleil] tout change : le rôle des planètes, la vision que l’on a des choses, etc. On parle donc d'environ 300 ans, au cours desquelles la vision de notre monde et de la réalité s’est transformée, du fait de cette révolution copernicienne. Or, Willis Harman estimait que nous étions maintenant parvenus à un moment où se produisait une seconde révolution, tout aussi importante. Il disait : " Tandis que la première révolution copernicienne avait transformé nos conceptions sur l’espace extérieur, la seconde va transformer notre vision de l’espace intérieur, apportant avec elle une conceptualisation nouvelle des motivations intimes de l’homme et des valeurs universelles. " Cette seconde révolution copernicienne est donc l’un des thèmes sur lesquels Harman est revenu pendant des années au cours de ses interventions publiques, avec de nombreux scientifiques motivés comme lui par la gravité de la situation. |
||||
Devenu philosophe et communicateur par la force des choses, Willis Harman estimait que la vision holistique que suggèrent maintenant aujourd’hui la physique et l’astrophysique, est au cœur du changement de paradigmes. Avant Copernic, on avait de la place de l’homme dans l’Univers une vision magique, les choses paraissaient se tenir entre elles par l’effet d’une cause mystérieuse dont la nature échappait à l’entendement; mais avec lui, à partir de l’observation qu’il a faite du mouvement des astres et de leur rapport entre eux, une nouvelle vision s’est imposée, une vision mécaniste de l’Univers qui est perçue comme un vaste mouvement d’horlogerie avec ses rouages et ses engrenages. Cette vision mécaniste subsiste encore aujourd’hui et c’est même elle qui règle le fonctionnement de nos systèmes hiérarchiques et linéaires de même que nos modes de pensée. Pourtant, la vision que nous propose aujourd’hui la science, faisait remarquer Harman, en particulier la physique et l’astrophysique, donc à partir de l’observation de la réalité au niveau de l’infiniment petit et de l’infiniment grand, est celle d’un Univers non plus hiérarchisé, non plus linéaire, mais d’un Univers dont tous les éléments sont reliés entre eux et interdépendants. On ne parle plus d’ailleurs de matière mais d’énergie à l’intérieur de la matière, et d’information. Certains scientifiques parlent même de conscience à l’intérieur de la matière, rejoignant en cela la vision que proposent les écoles de sagesse, orientales en particulier. Harman estimait que cette nouvelle vision que nous avons du monde, et qui s’impose très lentement, il faut bien le dire – on n’est pas tous physiciens, moi le premier – est une vision qui devrait normalement nous amener à repenser notre fonctionnement et nous permettre de franchir une étape importante au niveau de la conscience. Il en a parlé dans ses conférences et il a écrit des articles et des volumes à ce sujet, très souvent en collaboration, du reste, parce qu’il disait que ça lui prenait tellement de temps pour écrire un livre qu’il était plus utile comme orateur que comme écrivain. C’est du moins ainsi qu’il se percevait. Ce qui ne l’a pas empêché de co-rédiger un livre sur l’économie; plus précisément, c’est un ouvrage qui porte sur le fait qu’il va devenir de moins en moins possible, selon lui, de régler le sort de l’humain à partir de l’économie. C’est vous dire que Harman était assez avant-gardiste, puisqu’on n’a pas encore rejoint sa pensée plusieurs années après sa mort. Il disait aussi que si la vie était organisée autrement, au lieu de mettre l’accent sur l’économie – car, si vous remarquez, l’économie est au cœur de tout, maintenant ,dans notre société – on pourrait le mettre sur autre chose. Dans ce scénario, l’économie était présente, mais ce n’est pas elle qui déterminait le fonctionnement de la vie sur cette planète. Harman prévoyait qu’on sera obligé éventuellement de remplacer l’économie qui prend toute la place par quelque chose d’autre et il était arrivé à la conclusion, avec son collaborateur, que ce serait l’éducation qui prendrait la première place dans la pensée des gens et dans le fonctionnement du système social. Ce n’est pas banal comme idée, en tous les cas. |
||||
Un point qui m’a beaucoup intéressé est que Willis Harman était aussi un futurologue. Il a été pendant 16 ans futurologue attaché à Stanford, donc à consacrer sa vie à l’exploration du futur. Le groupe de recherche sur les futurs, qu’il a créé au Stanford Research Institute et auquel ont fait appel diverses corporations et agences internationales, avait pour objet la planification stratégique à long terme et l’analyse des politiques. Harman a été très heureux de quitter son poste de Stanford pour se consacrer à l’entreprise créée par Mitchell, parce qu’il avait constaté, finalement, que les gens veulent bien tout savoir du futur mais qu’ils ne veulent surtout pas être inquiétés. Si, par exemple, l’industrie de la fourrure veut savoir ce que sera la situation de ce marché dans 15 ans ou 20 ans, ou même dans 100 ans, et que les futurologues planchent là-dessus, il est possible que ça ne donne pas le résultat que souhaitent entendre les gens de cette industrie. Tout ça pour vous dire que cet homme a exercé pendant plusieurs années une influence considérable sur mon cheminement. Je lui ai même dédié un livre qui porte sur l’altruisme, parce que c’est lui qui a dirigé ces études sur l’altruisme, créatif en particulier, qui ont été menées pendant des années et encore aujourd’hui par l’Institut des sciences noétiques. |
||||
|
|
||||