Parcours d’un junzi…

 


Le 15e anniversaire de la parution du Guide Ressources me fournit l’occasion de parler de son fondateur, Christian Lamontagne, qui en a aussi assuré la direction jusqu’à tout récemment.

 

" Si le monde marchait droit, je ne chercherais pas à le changer. "

Maître K'ong, dit Confucius

 


Parler de lui m’est d’autant plus facile que ce curieux homme représente un excellent sujet pour un magazine dit alternatif ou nouvelles tendances, notamment à titre de témoin lucide de l’évolution de ce courant, de ses apports et de ses ratés. Voyons le parcours pour le moins inusité de ce pionnier.

Fin des années 60, Christian Lamontagne abandonne un bac en philo, interrompu par une accusation de libelle séditieux (il a vingt ans à l’époque!) qui lui a valu un court séjour en prison et un procès à l’issue duquel il fut acquitté. Après quoi, il devient journaliste pour l’Agence de presse libre du Québec (APLQ) dont certains lecteurs se rappelleront peut-être qu’elle fut victime d’un vol organisé par la GRC!

Il entreprend un peu plus tard une formation comme soudeur, pour apprendre à se servir de ses deux mains, comme il dit, et travaille quelques mois en usine. Je dois dire que je suis particulièrement sensible à ce détour dans la vie d’un guerrier dont l’arme est (métaphoriquement) la plume. Carl Jung a rappelé à quelques reprises que " l’abstraction représente le plus grand piège pour l’Occident ". Après quoi, le voici parti à l’aventure dans le vaste monde. Il se retrouve d’abord au Portugal durant une tentative de coup d’état, puis passe plusieurs mois en Afrique et au Sahel, et traverse le Sahara.

Après ces deux années d’exotisme, le voici de retour au pays de la pige. Et c’est à cette époque qu’il devient le cofondateur du Temps fou (1978-1983). La crise idéologique contemporaine en est le grand thème : interrogations sur les effets de la science, sur le refus concret du " travail aliéné ", le risque de " l’individualisme forcené ", sur une vision prospectiviste de l’avenir. Le Temps fou prendra aussi la défense de l’identité féminine :

" Affronter collectivement le pouvoir mâle en bâtissant une identité féminine distincte, complémentaire et sans doute antagoniste à l’identité mâle qui s’est toujours posée comme la définition universelle de l’espèce humaine. "

C’est cette option féministe qui a inspiré à un groupe de femmes la création du magazine La vie en rose, qui a été distribué durant plusieurs mois comme un inséré du Temps fou.

Au début des années 80, Christian Lamontagne commence à s’intéresser au monde du développement personnel. Il a été une des premières personnes au Québec à aborder des thèmes reliés au Nouvel âge et aux médecines douces. Cette orientation devait entraîner son départ du Temps fou. Et qui plus est – quand Christian s’intéresse à une question, il plonge! –, le voici devenu sannyasin, l’équivalent indien de novice à la vie monastique : "  J’ai vendu tous mes biens (maisons, meubles, livres, etc.), et je suis allé vivre dans une communauté. " Puis il rejoint l’ashram animée par Rajneesh en Orégon. " Je me suis rendu compte qu’il s’y faisait beaucoup de politique et de manipulations! "

Revenu de cette semi-retraite, il lance le Guide Ressources. Cette publication s’attachait à l’émergence des approches alternatives de santé et aux nouvelles thérapies, passées complètement sous silence dans la presse quotidienne et les grands médias. Quelques années plus tard, il lançait le Répertoire Santé qui s’emploie, entre autres, à augmenter le degré de protection des utilisateurs d’approches alternatives et complémentaires. La valeur des travaux du comité formé à cet effet, sera reconnue par le Groupe de travail interministériel sur les thérapies alternatives dont le rapport fut déposé en juillet 1996.

Du reste, on trouve de Christian Lamontagne des écrits parus il y a plusieurs années, qui témoignent déjà de son engagement. Partagé comme toujours entre l’enthousiasme et la lucidité qui le caractérise, il a écrit, dans un éditorial prophétique paru en décembre 1993 :

" La puissance des moyens dont nous disposons croît beaucoup plus vite que la sagesse nécessaire à la maîtrise de cette puissance, et toute cette technologie rend plus nécessaire que jamais le travail de connaissance de soi. Plus il sera facile de se perdre dans un déluge d’informations, plus il deviendra essentiel d’être en contact profond avec soi-même. "

Présentement, Christian Lamontage développe le site PROTEUS : destiné à la francophonie, ce site se définit comme le réseau international des alternatives santé. Parallèlement, Christian se consacre à l’écriture d’un livre, commencé il y a plus de trois ans, qui a pour titre Responsabilité, liberté et création du monde.

Homme de réflexion et d’action, il n’y a pas de doute que Maître K'ong l’eut considéré comme un junzi : homme de qualité. C’est, quant à moi, le modèle du guerrier qui s’accomplit par son action dans le monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Homme de réflexion et d’action, il n’y a pas de doute que Maître K'ong l’eut considéré comme un junzi 

 
  

Retour au début© Jacques Languirand
Chronique parue dans le Guide Ressources,
Vol. 15, N° 01,
septembre 1999