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" C'est même un bijou auquel vous vous identifiez. Vous ne
suivrez donc pas mon conseil. Heureusement pour vous, vous allez la perdre un
jour! "
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Tenez,
à propos de maîtres, je peux bien parler d'une rencontre provoquée
par le hasard – mais vous me direz après ce que vous pensez du hasard...
Ce fut pour moi une rencontre déterminante. Cet être étonnant
pratiquait l'acupuncture à Paris, à une époque où
la médecine chinoise nous paraissait encore plus marginale qu'aujourd'hui.
Mais à vrai dire, aucune profession n'aurait pu le définir. Scientifique
de formation, artiste par inclination, ce curieux personnage était aussi
un ésotériste avancé, un homme de pouvoir et un mystique.
Notre rencontre
était pour le moins improbable. Je ne m'intéressais pas vraiment
à la médecine chinoise à ce moment-là, et rien ne
m'explique – même actuellement – que je me sois un jour retrouvé
chez lui. Je devais en fait le rencontrer trois fois. Nous avons passé
ensemble au plus trente ou quarante minutes chaque fois, le temps d'une consultation
ou d'un traitement. Pourtant, je n'hésite pas à le considérer
comme un de mes maîtres tellement ces rencontres ont été marquantes.
Je ne saurais dire tout ce que cet être extraordinaire m'a communiqué,
car je continue toujours à déchiffrer des bribes de ses propos d'antan.
Au fur et à mesure que ma vie se joue, je retrouve dans ma mémoire
certains de ses conseils qui m'éclairent sur le sens profond des épreuves
que je traverse. Lors
de notre dernière rencontre, ce sage étonnant m'a fait des prédictions
qui se sont jusqu'ici toutes réalisées. |
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| Tout
ça autour d'une bague... Je portais à cette époque une bague
excentrique, œuvre d'un joaillier new-yorkais de renom: Sam Kramer (sa boutique
se trouvait sur la 8e Rue, dans Greenwich Village), qui était
devenu notre ami, à ma femme et à moi. Cette bague intriguait beaucoup
mon mystérieux acupuncteur; il me demandait toujours de la retirer pour
le temps des traitements. Lors de notre dernière rencontre, au moment de
me la rendre, il me suggère d'en faire une lecture psychométrique.
Il conserve donc la bague entre ses mains un certain temps, garde les yeux fermés.
Après quoi il me dit que, selon lui, les vibrations qu'elle dégage
ne me sont pas favorables et que je ne devrais pas la porter... " Mais,
ajoute-t-il aussitôt avec un peut sourire malicieux, vous tenez beaucoup
à cette bague. C'est même un bijou auquel vous vous identifiez.
Vous ne suivrez donc pas mon conseil. Heureusement pour vous, vous allez la perdre
un jour! Et souvenez-vous bien de ce que je vous dis maintenant :
vous entrerez alors dans la phase la plus significative de votre vie active. " Il
a été très clair sur les points suivants, qui se sont tous
concrétisés. J'allais perdre cette bague au moment d'un échec
professionnel. Je l'ai effectivement perdue le jour même où le
syndic est venu fermer les portes du Centre culturel du Vieux-Montréal
(dans l'ancien édifice de la Bourse de Montréal, devenu aujourd'hui
le Centaur) dont nous étions, mon ami Léon Klein et moi,
les directeurs-fondateurs. Je traverserais, par la suite, une crise sur le
plan psychologique. Il a même parlé de " labyrinthe
initiatique ". Or, je me suis effectivement retrouvé, à
cette époque, en pleine dépression. Je ferais des expériences
psychiques qui ne seraient pas sans risques. Je suppose qu'il devait
s'agir de mes expériences psychédéliques, lesquelles se sont
avérées un tantinet dangereuses... Je renoncerais au théâtre
et au monde du spectacle en général. Ce que j'ai fini par faire
effectivement. Je m'engagerais dans la diffusion de la tradition ésotérique...
Et bien d'autres détails que j'ai en partie oubliés, mais qui me
sont revenus et qui continuent de me revenir au fur et à mesure qu'ils
se produisent. Toutefois,
je dirais qu'il m'a transmis son enseignement surtout par son attitude. Lors de
notre dernière rencontre, au moment de nous séparer, il m'a annoncé
avec sérénité sa mort prochaine. Je ne le reverrais plus.
Du coup, il m'a appris à vivre debout avec la présence de ma mort
à mes côtés, et peut-être aussi à mourir debout.
En sortant de chez lui, j'avais les larmes aux yeux. La force de caractère
de cet homme me bouleversait. Alors que je me rendais à la station de métro
la plus proche, je revoyais les images d'un vieux film français, Taras
Boulba, magistralement interprété par le grand comédien
Harry Baur. Touché à mort au cours d'une bataille, le guerrier légendaire
demande qu'on le tienne appuyé contre un arbre afin que ses hommes puissent
le regarder mourir. " Après leur avoir appris à vivre
debout, je veux leur apprendre à mourir debout... " Et je me
répétais : " mourir debout... mourir debout ".
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