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Que ce soit par rapport à lenvironnement plus
menacé que jamais, à la pauvreté dans notre société qui sétend de
plus en plus, aux conditions faites aux pays du Tiers-Monde, à la détresse
des jeunes bref, par rapport à tous les ratés du système
jai de plus en plus le sentiment quune résistance nous empêche
dintervenir et de résoudre vraiment les problèmes auxquels nous
sommes confrontés. Et comme malgré moi, jen suis venu à penser que
nous sommes, en définitive, la cause de cette résistance. On reporte donc
à plus tard, on sen remet à dautres... " Après
nous, le déluge! "
Et ce, tout simplement
parce que nous sommes satisfaits. Oui, satisfaits! Nous, cest-à-dire
la majorité : ceux qui ne sont pas chômeurs ou dont la survie ne
dépend pas de laide sociale. Nous avons pour la plupart dépassé
le niveau de la satisfaction des besoins matériels. Nous en sommes à confondre
les besoins et les désirs. Et nous sommes parvenus, par ailleurs, au niveau
de la satisfaction des besoins psychologiques et même, pour certains dentre
nous, des besoins supérieurs de développement personnel... Je nai
rien, quant à moi, contre la satisfaction des besoins psychologiques et
de développement personnel. Les solutions aux problèmes que soulèvent
la culture du contentement dont parle Galbraith, pourraient même se trouver
dans cette voie. Mais jen suis venu à constater, avec le psychologue
James Hillman, que les psychothérapies et les démarches de développement
personnel semblent au contraire susciter un désengagement au plan social...
Nous sommes
donc satisfaits et, quoiquon dise, tout projet de société, toute
vision politique susceptible de remettre en cause les conditions qui sont
les nôtres, nos intérêts et nos privilèges, rencontre une résistance de
notre part. Une résistance passive, bien sûr, car nous ne reconnaissons
pas consciemment notre satisfaction.
Elle nest
pas reconnue tout simplement parce que nous ne sommes pas heureux pour
autant. Nous vivons à bout de souffle des vies éclatées, entre le travail,
les transports, les courses, la garderie... Les hypothèques, les impôts,
les fonds de retraite, les assurances... Course folle qui se poursuit
dans les temps de loisirs. Mais tout cela conformément à un modèle, celui
de la société de production/consommation, en fonction de valeurs qui nous
conditionnent. Doù, malgré nos plaintes et nos gémissements, notre
satisfaction.
Ce serait donc cette
situation qui nous empêche de comprendre que nous sommes lennemi.
Que la résistance au changement, au progrès si ce mot a encore
un sens vient de nous. Comment pourrions-nous, en effet, être
à nos yeux lennemi... alors que nous ne sommes pas heureux.
Jusquà tout récemment
jéprouvais le sentiment flou de cette satisfaction et de la résistance
au changement quelle entraîne de ce que, pour tout dire,
nous sommes lennemi. Mais trop flou sans doute pour pouvoir lexprimer.
Jusquà ce
que je prenne connaissance du plus récent ouvrage de léconomiste
et philosophe, John Kenneth Galbraith, La république des satisfaits
la culture du contentement aux États-Unis.
(Éd. du Seuil). Je précise que le phénomène
dont parle Galbraith sétend aussi à nous, comme du reste à lensemble
des pays occidentaux. Dans son analyse, cet octogénaire lucide et irrévérencieux
dénonce avec vigueur et humour les périlleux sous-produits de lauto-satisfaction.
Mais comment tout cela
va-t-il finir? Cest là la question. Peut-être par la prise de conscience
de cette réalité? Quant à moi jaimerais le croire. Mais, selon Galbraith,
les chances quune telle prise de conscience mette un terme à la
culture du contentement ne semblent guère brillantes... Il suggère dautres
avenues qui relèvent plutôt dune évolution de la conjoncture politique
et/ou économique. Telles que, tout dabord, " une grave
récession ou une dépression " qui pourrait, selon lui, " ébranler
léconomie politique du contentement et provoquer un changement ".
Il évoque ailleurs la perspective dune inflation désastreuse, rappelant
dailleurs quà lâge du contentement " prévenir
linflation est donc devenu [...] une préoccupation spéciale, bien
quon le remarque peu ". Il évoque aussi la perspective
dune " aventure militaire impopulaire et dune
révolte, sous une forme ou sous une autre, de la classe inférieure ".
Autant de situations dans lesquelles nous navons guère envie
dêtre entraînés... Mais Galbraith laisse peu despoir den
arriver à une solution douce. Il conclut en soulignant " le
mécontentement, la dissonance de notre temps et la probabilité assez considérable
que tout cela se termine par un choc pour le contentement qui en est la
cause ".
Ce qui
nest pas sans nous rappeler certaines prévisions de sources intuitives
selon lesquelles nous devrons dabord toucher le fond avant dinventer
un monde meilleur...
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