 LUnivers
aura le sens que lhumanité lui donnera. |
Jacques Languirand renco ntre
Hubert
Reeves
(10 novembre 1986)
Le scientifique du cur Cest
très exceptionnellement que nous accueillons des invités à Par 4 chemins,
mais il a été tellement souvent question de Hubert Reeves dans notre émission
que jai limpression de vous accueillir chez vous en quelque sorte.
Et cest
un privilège de vous accueillir. |
|
Pour la
forme car nos auditeurs vous connaissent très bien , je
rappelle que vous êtes né à Montréal, que vous êtes astrophysicien, que vous avez
été conseiller scientifique à la NASA, que vous êtes depuis 1966 directeur de
Recherches au CNRS. Vous avez aussi publié plusieurs ouvrages dont Patience
dans lazur et Lheure
de senivrer, votre dernier ouvrage qui vient de paraître aux
éditions du Seuil. Il
y a tant de choses dont je voudrais parler avec vous, alors je vais commencer
par le commencement. Et ce commencement, cest que jai enfin le plaisir
davoir sous la main un physicien qui va pouvoir répondre à certaines questions
que je me pose depuis le temps que, comme communicateur; jessaie de faire
connaître ce qua été, et ce que continue dêtre cette révolution de
la physique. Jaime employer lexpression que la physique a traversé
le mur de la matière. Pour moi, cette découverte que la matière était énergie,
information, a été très importante, et jai essayé de voir comment
tout cela pouvait transformer ma vision du monde. |
Vous,
Hubert Reeves, quand vous avez entrepris votre démarche, vous nétiez pas
en train de chercher un sens au monde, jimagine. Étiez-vous simplement en
train de vous expliquer la matière comme physicien?
H.R
: Un peu les deux
en même temps. Il y avait certainement linterrogation de chercher un sens,
un peu comme tout le monde. Je crois que toute personne sinterroge à un
certain niveau sur le sens de sa vie : on découvre un beau matin quon
a atterri sur cette planète et quon est pris dans un ensemble de problèmes,
intérieurs et extérieurs, et on cherche naturellement un sens à lexistence.
Est-ce quil y a une relation entre ça et le fait de faire de la science?
Je crois quil y en avait dès le départ un peu. Javais limpression
que la science donnait des réponses à certaines questions : non pas à des
questions sur le sens des choses, mais plutôt sur comment la réalité est faite.
La science nous apprend quelle est la nature de cet Univers dans lequel nous vivons.
Et le fait de connaître cette la nature, peut nous permet de mieux poser les questions
qui nous importent, de sinterroger en meilleure connaissance de causes. Tout
le long de cette démarche, vous deviez être conscient - et vous devez lêtre
encore -, de changer despace mental, cest-à-dire de ne plus percevoir
les choses comme vous les perceviez avant, délargir votre conscience?
|
| " Jai
toujours eu cette impression quil existait une sorte de réalité derrière
la réalité, quil y avait matière à interrogations. | H.R
: Je ne sais pas si
je laurais dit en ces mots, de cette façon, mais jai toujours eu cette
impression quil existait une sorte de réalité derrière la réalité, quil
y avait matière à interrogations. Certainement, jai toujours pensé quil
y avait autre chose, au-delà des apparences simples et observables de la réalité.
Et il mintéressait de fouiller, aussi bien, dailleurs, dans le domaine
de la science que dans le domaine de la poésie et des grandes mystiques. |
Vous
êtes un scientifique du cur, si je puis dire...
H.R
: Peut-être... Mais
linterrogation scientifique répond aussi à un besoin intellectuel :
jai toujours aimé faire des mathématiques comme on aime à jouer au bridge
ou aux échecs, pour le simple plaisir de faire des mathématiques. En même temps,
ça nétait pas que ça : je savais quil y avait aussi derrière
mes interrogations scientifiques, en physique, en chimie, en astronomie, la possibilité
den apprendre un peu plus sur ce mystérieux Univers dans lequel nous sommes. Sans
être prétentieux, on peut dire que notre époque a un savoir considérable si on
compare lexplication quon avait du monde au 19e siècle,
par exemple.
H.R
: Il y a un progrès
continuel. La science est en quelque sorte additive. Cest-à-dire que les
connaissances sajoutent : nous savons plus de choses et nous les savons
mieux que le savaient nos prédécesseurs. Newton serait bien heureux sil
pouvait sortir de sa tombe et venir voir ce quest devenue la science aujourdhui;
et Aristote sans doute aussi. Newton disait : " Jai la chance
de monter sur lépaule des géants qui mont précédé. " Et
bien toute lhistoire de la connaissance est un peu ça : il y a des
gens qui font un pas, qui montent à un certain niveau et les autres reprennent
à ce niveau et avancent. Il y a une progression continuelle. Et cest ce
qui en fait une aventure tout à fait fascinante. Cette
émission est un peu comme une plaque tournante, si vous voulez, parce quon
y parle de toutes sortes de questions dordre psychologique, sociologique,
anthropologique
Ce qui minquiète comme communicateur, et me chagrine
aussi, cest de voir jusquà quel point les sciences exactes sont avancées,
quelles ont débouché sur une vision que je pourrais qualifier de cosmique,
et quon na plus le nez collé comme on lavait autrefois sur une
réalité physique " restreinte ", alors les sciences humaines
nont pas lair dévoluer, ou plutôt que lhomme na
pas lair dévoluer. Est-ce que vous partagez cette inquiétude?
H.R
: Jentends des discussions interminables
entre les sociologues, et mon impression cest que les sciences humaines
ont un défaut. Quand elles ont vu les techniques quutilisaient les sciences
physiques lanalyse mathématique, la statistique et aujourdhui
les ordinateurs ,
et comment ces techniques avaient permis à ces sciences de progresser, elles se
sont dit : " Puisque la physique, la chimie, lastronomie,
progressent à partir dune démarche mathématique, alors ça doit être la bonne
démarche pour nous aussi. " Et ils ont alors transposé littéralement
des schémas, valables dans le domaine de la physique, dans le domaine des sciences
humaines. Et ça, je pense que cest à peu près toujours un échec, sinon à
un niveau assez élémentaire. |
| " Personnellement,
je vois la véritable approche de lâme humaine du côté de Freud et des psychanalystes... " |
Je
pense que les techniques dinvestigation de chaque niveau de la réalité sont
différentes et quon ne peut pas simplement les transposer dun domaine
à lautre, comme une recette : une méthode, un ensemble de concepts,
une technique de pensée peut très bien marcher à un niveau et pas du tout marcher
à un autre niveau. Je pense que le tort des sciences humaines réside là. Personnellement,
je vois la véritable approche de lâme humaine du côté de Freud et des psychanalystes :
ce sont les gens qui ont compris que dabord, ça ne servait à rien de mettre
des chiffres pour décrire les sentiments, et quensuite, il fallait une méthode
plus globalisante et avec ses propres concepts. |
| |
| La
science |
Il
me semble que la vision actuelle de lUnivers, qui a commencé avec la révolution
de la physique, est une vision absolument extraordinaire, où tout nous apparaît
comme de lénergie, comme des éléments dune grande énergie Universelle
qui sont en interaction les uns avec les autres. On sait maintenant que la matière
solide nest pas la véritable matière : quà lintérieur il
y a autre chose, il y a une énergie, une lumière, des " poussières détoiles ",
pour reprendre un peu votre langage. Je vous demande pardon de simplifier comme
ça, mais cette vision dordre quasiment magique vers laquelle on débouche,
si on parvenait à la percevoir soi-même mieux et à la communiquer, elle devrait
être en mesure de changer quelque chose à la nature humaine. Mon inquiétude est
que malgré cela, on est aux prises avec les mêmes problèmes, la même agressivité,
la même capacité de guerre. Il me semble que je découvre dans votre oeuvre cette
inquiétude?
H.R
: Vous posez une question intéressante. Est-ce
que la connaissance, le fait de découvrir, comme vous lavez dit, que notre
Univers est quelque chose de merveilleux, peut changer le comportement moral des
êtres humains? Des fois je pense que oui, des fois je pense que non. Ça dépend
des jours... Jai limpression que chez lêtre humain, le domaine
de la connaissance est assez bien séparé du domaine du comportement et de la morale.
En ce sens que, par exemple et comme vous lavez mentionné, depuis le temps
lAntiquité grecque, nous avons fait des progrès fantastiques sur le plan
de la connaissance, alors que sur le plan moral, on na pas limpression
que les êtres humains aujourdhui se conduisent mieux quà cette époque. |
| " Il
y a comme une espèce de constance de lâme humaine qui est toujours prise
avec les mêmes conflits et qui, grosso modo, se débrouille toujours aussi mal
avec ses conflits. " | Il
y a comme une espèce de constance de lâme humaine qui est toujours prise
avec les mêmes conflits et qui, grosso modo, se débrouille toujours aussi mal
avec ses conflits. Et que font les êtres humains de cette science qui nous permet
de découvrir ces merveilles de lUnivers? La première chose quils en
font, ce sont des armes : on fait des armes avant de faire des objets utiles
pour la vie de tous les jours. Par exemple, on a fait une bombe atomique avec
lénergie nucléaire avant den faire des réacteurs. Vraisemblablement,
du moins daprès ce que lon en sait, la dynamite et le feu ont été
dabord utilisés comme moyen de guerre.
|
| |
Il
y a une espèce de dichotomie de lâme humaine : dune part, cette
volonté de découvrir, de dominer et de faire des choses fantastiques; dautre
part, une apparente incapacité à gérer cette domination, une incapacité à ne pas
linsérer dans un comportement agressif. Cest dramatique de constater
que le grand progrès de la science depuis 1940 jusquà aujourdhui,
nous le devons à la guerre de 1939. Cest à cause de la guerre de 1939 que
les militaires américains ont investi tellement de milliards de dollars dans tous
les domaines scientifiques - astronomie, physique, etc. et que
des avancées fantastiques ont été possibles. Quand
jétais étudiant, on devait remercier la US Navy à la fin de nos travaux
de recherches... La marine américaine finançait ces recherches suite à lexpérience
des années 40 qui avait permis de découvrir que les physiciens, qui jusqualors
ne servaient pas à grand chose, étaient en mesure de leur faire une bombe. Du
coup, les militaires, les industriels se sont intéressés à la recherche et ont
construit dénormes laboratoires : on avait fait la bombe atomique,
mais il fallait ensuite des fusées pour aller porter ces bombes chez les ennemis...
Voilà donc leur intérêt pour lastronautique, lastronomie
Et
les militaires ont toujours le rêve quun jour les physiciens vont leur sortir
encore une nouvelle arme. Par exemple, on commence maintenant à entrevoir une
bombe composée de matière et dantimatière : maintenant quon arrive
à stocker lantimatière dans des anneaux, on saperçoit quon ferait
une bombe extrêmement puissance par unité de poids, donc aussi très compacte.
Lannihilation matière et anti-matière donne à peu près cent fois plus dénergie
par gramme que luranium; cest quand même un gain intéressant, parce
quil faut la même quantité de matériau pour faire une explosion 100 fois
plus puissante. Est-ce
que lêtre humain va être capable de résister à la tentation dutiliser
des armes? H.R
: Oscar Wilde disait : " Je
résiste à tout excepté à la tentation. " Est-ce que les êtres humains
ont déjà résisté à quelque tentation que ce soit, sur ce plan?
Dans votre dernier livre, je
crois percevoir une certaine tristesse : en même temps que vous nous dites
que la solution est dans la vie passionnée, on voit que vous même vous êtes très
déchiré. Je pensais à ce mot de René Char qui me paraissait sappliquer à
vous : " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil
". Parce que je vous trouve tellement lucide, et dans votre lucidité,
tellement partagé : dun côté, cette vision positive, cette recherche
dune vie passionnée, damour et divresse, qui nous permettrait
de franchir cette étape apparemment stagnante de lévolution pour arriver
à un niveau de conscience plus élevé, et dautre part, cette inquiétude que
vous dexprimez sur la nature humaine qui semble piétiner, tourner en rond. H.R
: Cest pire que ça! Parce quen
même temps que la nature humaine piétine, les dangers, eux, saccélèrent.
Il y a un tel progrès aujourdhui des armes, quon se demande même si
lamélioration personnelle - qui est la seule solution possible -
peut prendre de vitesse la course aux armements. On ne peut pas piétiner, arrêter
là et attendre que ça se passe. La menace devient de plus en plus fabuleusement
inquiétante : cest une question de course, et on peut se demander si
cette course nest pas déjà perdue. Jespère toujours que non
|
Le seul facteur qui permettrait de lemporter ce serait finalement une évolution
qui passerait uniquement par les individus. Cest la seule porte quon
voit. Il ny a pas dautre levier magique?
H.R
: Je pense que oui. Notre siècle ne croit plus aux révolutions, aux grands
idéaux. On a vu ce que lidéal communiste, qui semblait bien sympathique
au début du siècle, a fait : des états où les libertés humaines sont encore
plus niées quailleurs, tout linverse de ce quon avait pu croire.
Dailleurs, ce fut la grande déchirure de beaucoup dintellectuels européens
qui avaient beaucoup misé sur le communisme. On disait: Enfin une solution qui
va nous permettre de nous en sortir! |
| " Les
problèmes auxquels nous sommes confrontés ne sont pas seulement dordre militaire :
ils concernent la destruction de notre planète. " |
Beaucoup
y ont même cru au point de nier lexistence des camps de concentration
même si, un beau jour, ils ont bien été obligés dadmettre que cétait
une mauvaise solution puisquelle amène la militarisation, létat totalitaire
et tout le reste. Mais les
problèmes auxquels nous sommes confrontés ne sont pas seulement dordre militaire :
ils concernent la destruction de notre planète. Les déversements accidentels de
poisons dans le Rhin, Tchernobyl, en sont des exemples. On a limpression
que lêtre humain est comme sur la voie de détériorer son habitat dune
façon irrémédiable : les pluies acides en sont encore un bon exemple.
|
| La
destruction |
Vous dites dans votre livre : " Lhumanité prépare fébrilement
son propre suicide. "
H.R
: Par larmement nucléaire, dune
part, mais aussi par une sorte de destruction systématique de son habitat. Cest
vraiment un aspect terriblement préoccupant. Et
vous vous posez aussi cette question fondamentale, à savoir si lhominisation
ne mènerait pas naturellement à la catastrophe : Est-ce que, comme vous lexprimez
tellement bien dans votre ouvrage, la vie naurait de sens que dans toute
cette très lente évolution qui, après des milliards dannées, aboutit à une
forme dintelligence et une forme de vie plus complexe, mais qui ne saurait
faire autre chose que de sautodétruire?
H.R
: Cest le drame dans lequel nous sommes
présentement, dentrevoir cette possibilité. Il a fallu 15 milliards dannées
dévolution pour préparer tout ce quon peut appeler linfrastructure
de la conscience : les atomes, les molécules, tout ce par quoi un cerveau
fonctionne. Quinze milliards dannées dévolution des étoiles, des galaxies,
des planètes, de tout lUnivers. Cest ce qui est assez fabuleux dans
cette nouvelle vision scientifique du monde, cest que tout lUnivers
est impliqué dans cette évolution, ce qui fait de lêtre humain lenfant
du cosmos et en même temps. Mais ce à quoi nous assistons depuis une cinquantaine
dannées représente lautre versant de la médaille -: le côté gris,
le côté ombre en constatant ce que fait cette suprême merveille de
lUnivers avec sa suprême et merveilleuse intelligence
Il semble être
en train de rendre cette planète inhabitable et de sen extraire lui-même.
Aux États-Unis, il y a quelques années,
on vendait un jouet avec des manivelles, des roues, des ordinateurs, des programmes,
etc. : lorsque vous le mettiez sur la table, le mécanisme senclenchait,
le jouet se mettait en marche, des bras se mettent à sortir, et finissait par
se détruire complètement jusquà nêtre plus quun morceau de ferraille...
Lêtre humain est-il une erreur
de la nature? Je me pose la question: Parce quon a tendance à penser que
nous sommes vraiment les plus importants. Si on regarde lévolution animale
depuis quatre milliards dannées, on voit quont existées plus de dix
millions de lignées animales, alors quil nen existe encore aujourdhui
que 1 million seulement : 9 millions ont été éliminés parce quils
nétaient pas adaptés, ne sont pas arrivés à sinstaller dans un régime
déchange, ou déquilibre, dans lequel vous donnez et vous recevez.
Cest ce quon appelle un écosystème. Et ceux qui narrivent pas
à sy insérer sont éliminés. Pensez-vous
que nous ne serions pas adaptés? H.R
: Pour linstant, nous sommes peut-être
lanimal le moins adapté qui existe, précisément parce que nous sommes trop
adaptés. Être adapté cela veut dire vivre en harmonie avec le milieu. Est-ce que
vous trouvez que les êtres humains vivent en harmonie avec la biosphère? Ils sont
lélément le plus destructeur qui soit, en ce moment. |
| Le
rôle, lactivité principale des êtres humains sur la Terre se résume à la
destruction des forêts et lextinction accélérée de quantité despèces
animales. |
Comme
on a dit, à un moment donné, que locéan est infesté de requins, on pourrait
presque dire aujourdhui que la planète est infesté dêtres humains.
Le rôle, lactivité principale des êtres humains sur la Terre se résume à
la destruction des forêts et lextinction accélérée de quantité despèces
animales. Chaque année, on nous apprend la quantité de forêts qui sont détruites...
Je parle surtout de lêtre occidental : les Indiens dAmérique
étaient au contraire des gens très adaptés, qui avaient un grand respect de la
nature, qui narrachaient pas darbres sans raison. Ils vivaient en
harmonie avec la nature. |
|
Leur
relation avec la nature avait un sens sacré
H.R
: Oui, alors que lOccidental est au contraire un grand
destructeur, qui détruit pour détruire. En ce sens il est inadapté. Le drame,
cest quil domine maintenant la planète et que son comportement devient
de plus en plus celui de toute la planète. Dans les forêts amazoniennes, on ne
demande pas lavis des Indiens avant de les saccager.
Je vois de toute façon dans votre oeuvre
que vous nêtes pas de lopinion que de la vie extra-terrestre maintenant
nexiste pas. Est-ce quelle pourrait exister? H.R
: Je crois quelle existe, et en grand nombre. Mais
jai dit " je crois ", car cest une croyance :
nous navons pas de certitude à ce sujet, alors nous ne pouvons avoir quune
opinion. Il y a des arguments, à mon avis juste assez bons, pour y croire, si
bien que plusieurs de mes collègues ny croient pas. Si on faisait une sorte
de référendum chez les scientifiques qui connaissent ces questions, on trouverait
probablement un ensemble dopinions assez partagées à ce sujet.
Je vous ai posé cette question parce que
je voulais vous demander ce que vous pensiez de la théorie qui veut que, sur une
planète donnée, on arrive à un moment à un niveau dévolution et de technologie
qui nous permette de sautodétruire. À ce moment-là, nous avons donc le choix
de le faire ou de ne pas le faire. Ainsi, les civilisations hypothétiques qui
auraient survécu, sur dautres planètes, auraient été les civilisations qui
auraient franchi ce cap, cette épreuve je dirais presque initiatique.
H.R : Cela
me paraît vraisemblable. Il y a comme un examen de passage... La question qui
se pose est : Est-ce que vous êtes capable de coexister avec votre propre
puissance? Je pense que lapparition de la technique, de la technologie,
de la science sont un peu inéluctables dans toutes civilisations extra-terrestres
qui se développeraient comme chez nous, à partir dun océan primitif, des
molécules qui sassocient et deviennent des organismes, avec ces organismes
sassocient... On aurait à peu près une évolution qui serait semblable :
pas dans les détails, bien sûr, mais dans les grandes lignes. Comme je pense que
lapparition de lintelligence est quelque chose dinéluctable,
en tant que stratégie de compétition, on arriverait donc à ce même problème. Je
pense que toute civilisation extra-terrestre est vraisemblablement confrontée
un jour à la capacité de sautodétruire et au fait quelle le fera ou
non. |
| Le
danger |
Cela
mamène à retrouver dans ma mémoire une loi quon prétend Universelle
et jaimerais vérifier avec vous si elle sapplique dans le domaine
de votre compétence : il sagit de la loi du 1 %. Selon cette loi,
il suffit quil y ait 1 % dun tout qui se transforme pour amorcer
une transformation de ce tout : est-ce que vous croyez que 1 % de la
population dont le niveau de conscience serait plus élevé serait suffisant pour
" contaminer " le reste?
H.R
: On peut lespérer. Pour linstant,
nous sommes dans la situation où lon peut penser que limminence du
danger pourrait amener la population à sassagir. Il y a un élément despoir
dans limminence du danger. Les situations dangereuses amènent les gens à
se regrouper : des ennemis dans une ville, par exemple, vont se regrouper
si la ville est attaquée par lextérieur. Et
comment fait-on pour ne pas sentir que nous sommes attaqués maintenant? Parce
quon a limpression que les gens se divertissent et samusent
H.R
: Cest une des raisons pour laquelle
jessaie de communiquer cette situation
Cest
comme si le compte à rebours fonctionnait, et que pour le désamorcer, vous vous
essayiez de tirer la sonnette dalarme. H.R
: Il faut essayer de le désamorcer, mais non
pas comme les prédicateurs en prédisant lapocalypse pour demain. Jessaie
de le faire dune façon qui soit un peu plus raisonnable, qui ne soit pas
paniquante, mais qui montre la gravité de la situation. Je pense quil ne
faudrait pas reproduire ce qui sest passé en lan 1000, quand lhumanité
sest mise à sinquiéter de larrivée du millénaire dune
façon totalement irrationnelle. Au contraire, il faut essayer de voir quels sont
les problèmes réels en proposant des solutions. Beaucoup de gens ont sonné les
cloches dalarme, mais en général, les gens se disent impuissants
" Il
faut penser globalement mais agir localement ", disait Dubos. Car
on ne peut pas agir globalement : il nous échappe. Après avoir énoncé de
grands propos généraux, il faut essayer de voir quelles sont les actions possibles,
dans notre sphère dactivité par exemple. |
|
Les instincts |
Jaimerais
revenir maintenant justement à cette opposition entre instinct de mort et instinct
de vie que lon retrouve dans votre oeuvre. Est-ce que vous croyez, avec
certains scientifiques, que lagressivité de lhomme pourrait sexpliquer
par labsence dintégration des trois cerveaux lymbique
(le cerveau instinctif), le cortex ( le cerveau des émotions) et le néocortex?
Quen fait, on na rien intégré, et que le néocortex, notre belle, magnifique
et prétentieuse intelligence ne sert quà justifier, expliquer ou rationaliser
nos émotions, nos émotions négatives par exemple, notre instinct de mort peut-être?
H.R : Cest
très souvent le cas effectivement. Lintelligence est roulée par les désirs
ou par linstinct. Je pense que lagressivité a joué un rôle très utile
tout au long de lévolution animale : la loi de nature est une loi dure,
qui exige le meurtre. Pour faut manger et de ne pas être mangés, nos ancêtres
animaux avaient à se défendre. La vie tourne autour de cette loi. Et cette agressivité,
cette violence, qui a joué un rôle très utile, on ne peut pas simplement la nier
ou la mettre de côté, et passer à autre chose. La psychanalyse nous apprend jusquà
quel point on ne peur pas écraser ses sentiments : si on essaie de le faire,
ils ressortent ailleurs. Ce nest pas astucieux. Il faut au contraire gérer
les instincts. Et comment gérer les instincts? Comment amener lêtre humain
en conscience à changer son attitude vis-à-vis le fait de tuer, par exemple? Je
pense que nous devons tuer : nous mangeons de la viande, et si on ne mange
pas de viande, on mange des plantes, et une plante cest aussi quelque chose
quon tue. Je pense que la version végétarienne nest pas vraiment une
bonne réponse. Mais tout est dans la façon de considérer lacte de tuer :
par exemple, le chasseur qui tue pour le plaisir de tuer, sans manger sa proie,
celui qui tue des animaux pour en porter la fourrure alors quil pourrait
très bien porter une fourrure synthétique aussi chaude... Il y a quelque chose
qui doit changer, un peu dans le même sens où il y a eu une évolution de la sensibilité
par rapport à tuer les êtres humains, entre les Romains de lAntiquité et
nous : les Romains allaient au cirque voir des meurtres, et cétait
tout à fait bien vu dans la société. Je lisais lautre jour comment on préférait
y aller le midi parce que cétait plus sanglant que le soir! On a encore
des matchs de boxe ou de lutte, mais personne ne va voir des hommes être mis à
mort : il y a eu un progrès dans la sensibilité humaine. Par contre, par
rapport aux animaux, ça nest pas le cas. On
nhésite pas à tuer les animaux et on nhésite pas, souvent, à ridiculiser
les gens qui prennent la part des animaux. Ou on prétend que si on ne tue pas
les phoques, par exemple, ils vont proliférer et manger trop de poissons. Mais
cest très différent de tuer un animal pour garder léquilibre de la
nature et tuer pour un profit immédiat ou vénal. Je pense que, encore une fois,
nous devons prendre lexemple des Indiens dAmérique, qui, avant de
tuer un animal, lui disaient : " On regrette, on est désolé,
mais cest toi ou nous : on aimerait mieux ne pas te tuer mais on va
te tuer parce quon a besoin de manger. " Cétaient des
gens très sages
La nature impose le meurtre,
mais on peut le regretter. Une évolution dans ce sens pourrait avoir une importance
très grande de lhumanité. On a du mal à penser, par exemple, quen
tant de guerre, un militaire qui tire sur tout ce qui bouge, pourrait avoir un
comportement différent : mais il faut quil y ait une sorte de résistance
instinctive. Cest peut-être ça la civilisation? Une résistance instinctive
à tuer un animal, une plante ou un être humain par plaisir, lorsque ce nest
pas nécessaire. Il
faudrait ritualiser lagression, en quelque sorte
H.R
: Effectivement, lui donner un sens plus profond
et lui enlever son côté barbare. Mais
il faut que ce changement se produise au niveau de lindividu.
H.R : Cest
la seule solution pour lhumanité. La chose importante cest le parcours
intérieur de chaque personne. Chaque personne séveille le matin avec sa
vie à vivre : il doit choisir comment il va la vivre, comment il va enrichir
sa personnalité, par quelles expériences. Je crois que cest peut-être la
chose la plus importante. |
| Lavenir
de lêtre humain |
Je reviens à ce 1 % : Daprès vous, combien faut-il dindividus
qui auraient évolué et qui seraient devenus plus maîtres deux mêmes,
sans que ce soit un refoulement, pour que la collectivité se trouve encadrée ou
transformée?
H.R
: Personnellement, je ne crois pas beaucoup quun jour
lhumanité deviendra vraiment bonne
Je crois que tout ce quon
peut essayer, cest déviter que les choses se détériorent. Jai
beaucoup aimé la fin de ce film, "Mission" : suite à un carnage
dIndiens perpétré par larmée portugaise de connivence avec lÉglise,
les militaires, le cardinal, lévêque, voient bien quil y a eu beaucoup
de carnage et que cest leur faute; ils nont pas très bonne conscience
et ils se parlent. Un premier dit : " Peut-être quon
aurait pu éviter ce carnage? "; un autre lui répond : " Tu
sais, la réalité est ce quelle est, et elle est dure... ";
et le cardinal lui répond : " Non, la réalité est ce que nous
en avons fait. " Je crois que cest très juste. La
réalité est en partie difficile : il y a tous les éléments naturels, les
maladies, les tremblements de terre, etc. Mais quand on regarde lhistoire,
quand on regarde comment les gens ont vécu, les continuelles séries de guerres,
de carnages et tout le reste, on remarque bien quen grande partie les êtres
humains nont jamais hésité à ajouter des malheurs... Je pense que ça on
peut essayer de laméliorer cette triste réalité humaine.
En un sens, vous estimez que nous sommes
les co-créateurs de la vie? H.R
: Oui. Nous
pouvons intervenir et nous ne pouvons intervenir que si nous devenons plus responsables
en quelque sorte. H.R
: Cest ça. Et nous pouvons empêcher les choses de
se détériorer et même les améliorer jusquà un certain point. |
| La
conscience et la complexité |
Je
voudrais vous entraîner maintenant vers la question de la conscience. Je noserai
pas vous poser une question aussi simpliste en vous demandant si vous croyez que
la conscience est le résultat de lévolution ou sil y a une conscience
antérieure : je pense quil ne faut pas amener le débat à des questions
aussi simples
Mais on découvre maintenant que la matière est énergie et
que, dune certaine façon, lénergie est information : Est-ce quon
ne peut pas aller plus loin et parler de lUnivers comme dune structure
qui serait consciente delle-même ou qui serait cause de conscience? Avez-vous
rencontré la conscience au cour de vos recherches?
H.R
: Comment peut-on, par exemple, interpréter lapparition
de lhomme dans lUnivers, après 15 milliards dannées dévolution?
Cest un domaine quon peut aborder avec beaucoup de prudence, car il
est facile de dire des choses qui seraient peut-être excessives. Je vais vous
dire deux ou trois phrases qui ne sont pas complètement stupides, qui ne me paraissent
pas complètement déraisonnables. Je vous donne un sac de guillemets et vous en
mettrez! Par exemple on a dit : " Si ' lUnivers '
avait eu ' envie ' de prendre conscience de lui-même, il aurait fait
exactement ce quil a fait. " Quand on regarde dans le passé,
on est dans quelque chose de tout à fait indiscutable : lUnivers, la
nature
appelez ça comme vous voulez
part dune sorte de chaos initial, sorganise et un beau jour, après
15 milliards dannées, apparaît un être composé de lorganisation de
ces particules primitives qui existaient initialement et qui est capable de poser
des questions; un être capable de se demander où il est, lâge de lUnivers,
etc. On pourrait donc dire cela. Il y a une autre phrase aussi de Freeman Ison,
un des meilleurs physiciens de notre siècle, qui est aussi suffisamment floue
pour quon puisse laccepter : il dit que lUnivers quelque
part et ce " quelque part " est important
savait que lhomme allait venir. Si on nen fait pas un dogme, mais
simplement une opinion raisonnable, je ne suis pas contre. Je ne suis pas contre
ces globalisations. Est-ce
quil y a un peu de déterminisme derrière ça? H.R
: Pas dans le sens du 19e siècle. Par exemple,
il y a 15 milliards dannées, on aurait pu prévoir en gros ce quil
allait se produire - en gros, non pas en détails : lapparition
des atomes, des molécules, des planètes, des océans, des premiers vivants, des
cellules et vraisemblablement aussi lapparition de lignées animales, et
leur investissement dans ce quon appelle la stratégie de la conscience et
de lintelligence. Car il ny a pas que nous : il y a aussi les
singes, les dauphins, les baleines, les rats, les corneilles, qui ont aussi beaucoup
investi dans cette lignée. Donc cela on aurait pu le prévoir, en gros. Ce
qui est assez remarquable, cest que nous découvrons aujourdhui que
lUnivers possédait dès les premiers instants très exactement les propriétés
quil fallait pour se complexifier, pour monter les niveaux de la complexité.
On a pensé longtemps que cétait une phrase banale, mais on saperçoit
quil faut des conditions extrêmement précises pour quun Univers dure
plus quune seconde, par exemple. Or un Univers de moins dune seconde
na évidemment aucune chance de voir apparaître un être humain : il
faut 4 milliards dannées simplement pour faire les atomes nécessaires
pour faire des êtres humains. Pour quun Univers ait les conditions qui lui
permettent de vivre assez longtemps, pour quil ait le bon dosage énergie-matière-lumière,
il fallait quil ait des propriétés très précises. Et notre Univers avait
ces propriétés précises. Alors, la question est : Quest-ce que ça veut
dire? Peut-on parler toujours avec beaucoup de guillemets
dune sorte de programmation, dune sorte dintention,
de quelque chose qui nous dépasse? A priori, je ne suis pas contre.
Est-ce que
cest ce quon appelle " lordre impliqué "
en physique? H.R
: Ça peut, oui. Cest une idée qui était développée
par Bohr et qui peut aussi se décrire en termes de cela. Ce qui est étonnant cest
la quantité... des mesures très précises , comme la recette dun bon gâteau.
La recette dun Univers qui atteint à la complexité,
et quand je parle de complexité je ne veux pas simplement dire aller jusquà
lêtre humain, mais simplement pour quapparaissent des systèmes comme
des molécules de sucre, une molécule de sucre, qui sont extrêmement simples par
rapport au cerveau humain, mais déjà un édifice extrêmement complexe par rapport
aux particules élémentaires. Donc, pour passer de ce chaos initial à des molécules
de sucre, il fallait déjà des conditions initiales extrêmement précises. Comment
se fait-il que lUnivers a eu ces conditions? Certaines
personnes ont une réponse astucieuse, en prétendant que sil y a un très
grand nombre dUnivers semblables au nôtre, mais que leurs conditions étaient
différentes, et que dans un seul elles aient été appropriées pour lapparition
de la complexité : alors, disent-ils, dans tous les autres Univers évidemment
la question ne se pose pas puisquil ny a personne pour la poser! Cest
uniquement dans notre Univers quelle se pose, parce quil a atteint
la complexité, Je ne suis pas sûr que ce soit vraiment une bonne réponse... ça
ne me paraît pas ajouter grand chose à la question. Je trouve le principe anthropique,
comme on la longtemps appelé, un peu chauvin, parce que cest un peu
comme si on disait : " Cest pour nous que ça a été fait. "
Alors quil faut les mêmes conditions pour faire apparaître un écureuil ou
une mésange. Je préfère donc appeler cela le principe de complexité qui sénonce
à peu près comme ceci : lUnivers possédait il y a 15 milliards
dannées exactement les propriétés très précises quil fallait pour
que, au cours du temps, grâce au refroidissement, grâce à des milliards de phénomènes
qui impliquent les étoiles, les galaxies, les lois de la physique et tout et tout,
la potentialité de la matière sactualise. Dès
les premières secondes, lUnivers est potentiellement capable dengendrer
la conscience. Mais avant quil le fasse il faut quil sécoule 15
milliards dannées. Chaque étape de la complexité met beaucoup de temps à
se réaliser, mais on peut dire que dans la nature, dans lUnivers initial,
ces potentialités étaient présentes et avaient les conditions requises pour sactualiser
au cours du temps. Dans
votre livre Patience dans lazur, vous écriviez : " Derrière
ce qui change, il y a quelque chose qui ne change pas. "
H.R : On
peut dire ça pour les lois de la physique qui sont apparemment inchangeantes.
Est-ce quon peut faire cette gymnastique
un petit peu alchimique en appliquant ce principe et à lensemble
de lUnivers? H.R
: On peut le faire dune façon stricte en parlant des
lois. On a pu vérifier que les lois de la physique sont les mêmes partout dans
lUnivers et elles sont les mêmes quelles étaient il y a 15 milliards
dannées Et ça aussi cest quelque chose de très étonnant. Pourquoi
est-ce quil y a des lois de la physique plutôt que de ne pas en avoir?
Quand vous parlez de lois de la complexité,
vous rejoignez dune certaine façon la pensée de Teillard de Chardin...
H.R : Teilhard
de Chardin est un homme qui a beaucoup insisté sur cette croissance de la complexité.
Cest une intuition quil a développée dans le cadre biologique. Dans
mes livres je montre comment, depuis Teilhard, on a découvert que cette évolution,
cette complexité croissante existe également dans la nature quon appelait
inerte, atomes, molécules. Les deux vont ensemble. Mais cest une idée qui
en fait date de plus longtemps : celui qui lexprime le mieux la première
fois cest Lucrèce. Il est lauteur de textes admirables quon
peut encore aujourdhui utiliser pour résumer de grands chapitres de la pensée.
Dans Lheure de senivrer, jen cite quelques-uns qui sont vraiment
des résumés admirables. Et quand on pense que pour lui cétait des intuitions!
Il navait pas la preuve de ce quil avançait, puisquil navait
pas lexpérimentation que nous avons. Mais il voyait très juste.
Daprès vous est-ce que nous allons
vers la conscience ou vers la découverte dune conscience qui a toujours
été là au fond? Avec plein de guillemets, bien sûr
H.R
: Je ne sais pas du tout. Pour moi ce sont des interrogations
intéressantes auxquelles je nai pas de réponse. Gregory Bateson disait :
" Je cède à la tentation de croire que mon savoir, nest quune
infime fraction dune sorte de savoir Universel qui parcourt toute la nature. "
Jaime bien cette phrase, dabord la prudence cest
plein de guillemets , mais je pense aussi que nous faisons partie dun
ensemble beaucoup plus vaste qui parcourt lensemble de lUnivers.
Certains physiciens, je pense par exemple
à Schrödinger, se sont beaucoup intéressés à la philosophie orientale et en particulier
au védentisme. En préparant cette entrevue ce matin, je trouvais par exemple cette
citation de Schrödinger qui dit : " Cest pourquoi la vie
que vous vivez nest pas seulement un fragment de lexistence entière,
elle est en un certain sens le tout. Seulement ce nest pas fait de manière
quon puisse le saisir dun regard. " Est-ce que vous
avez à travers vos recherches cette conscience dun tout, dune structure
globale? H.R : Au
niveau question plutôt quau niveau réponse. Je ne sais pas si jirais
aussi loin que Schrödinger. Il
ny a pas de consensus dans le monde de la physique? H.R
: Non. Et dailleurs ça nest pas un sujet scientifique.
On nest plus dans la science : on est dans la réflexion personnelle.
Il y a un certain nombre de découvertes, de faits scientifiques, que tout le monde
reconnaît mais à partir de là certaines personnes aiment essayer dinterpréter,
de philosopher (avec un petit " p "). Et les réflexions, les
résultats de ces réflexions varient beaucoup dun scientifique à lautre.
Je pense quil faut bien voir lapport de la personne, de sa sensibilité.
Schrödinger, Heisenberg, étaient des esprits mystiques et ils ont beaucoup développé
une sorte de mystique de la science avec laquelle je me sens assez bien personnellement.
Mais par ailleurs vous avez des gens qui ne sont absolument pas mystiques et pour
qui tout ça na pas de sens : leur point de vue se défend et reflète
simplement leur personnalité. Je pense quà ce niveau, on ne peut plus dissocier
la pensée de la sensibilité de la personne qui pense et on ne peut pas dire ceci
est vrai et ceci est faux. Chacun a son parcourt intérieur avec sa sensibilité
et sa vie à vivre. |
| Et
daprès vous, en quelques mots, est-ce que lUnivers a un sens?
H.R
: La réponse que je donne dans Lheure
de senivrer, cest que lUnivers aura le sens que lhumanité
lui donnera. Cest-à-dire que je ne crois pas quil ait un sens donné
comme ça dans un grand livre extérieur, mais que si lhumanité se sert de
tout ce quelle a comme puissance et comme intelligence pour sautodétruire,
je pense quon pourra dire que la réalité terrestre en tous cas na
pas de sens. Par ailleurs, si on réussit à passer ce cap, alors peut-être cela
aura-t-il un sens.
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Entretien:
Jacques Languirand/Transcription : Noéllise Turgeon Édition :
Stéphanie Adam Le Roch/ Révision : Nicole Dumais Infographie :
Pascal Languirand/ Documentation : Rosalie Dumontier © Les
Productions Minos Ltée/ Tous droits réservés pour tous pays
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