Valeurs
D’autres nouveaux péchés capitaux

Si on vous demandait : Quel serait le péché capital de notre époque? Quelle serait votre réponse? Vous vous souviendrez peut-être que le philosophe André Comte-Sponville, un de nos préférés, avait répondu à la question lorsqu’il avait déterminé que égoïsme, cruauté, lâcheté, mauvaise foi, suffisance, fanatisme et veulerie constituaient les sept nouveaux péchés capitaux.

 

COOLECTIF.
" Nouveaux péchés capitaux… (suite) ",
Psychologies,
mai 2001

Vous rappelez-vous quels étaient les péchés capitaux dans la tradition catholique? Il y avait l’orgueil, l’avarice, la luxure (c’est sans doute celui que vous avez nommé en premier… moi aussi d’ailleurs), l’envie, la gourmandise, la colère et la paresse. Lorsque André Comte-Sponville a établi la liste des nouveaux péchés capitaux, il l’a fait paraître dans la publication française Psychologies. On a alors demandé aux lecteurs du magazine quel était, selon eux, le péché capital de notre époque et certains d’entre eux ont répondu :

  • l’indifférence
  • la vénalité
  • la surconsommation
  • l’hypocrisie
  • la malhonnêteté
  • la trahison
  • la soif de pouvoir
  • le paraître
  • la perversité
  • la bassesse
  • l’amour
  • la médisance

Non mais quelle époque! Il y en a tellement, ils avaient le choix!

La vénalité

" Tout s’achète, écrit un lecteur : la justice par le biais des avocats; la réussite économique, en ne faisant aucun cas de la vie humaine. J’en prends pour exemple les récentes ‘ affaires ’ de la classe politique française, le sang contaminé ou l’attitude de l’Europe face à la maladie de la vache folle. "

On pourrait ajouter l’indifférence aussi peut-être.

L’indifférence

Je pense à la fatigue qu’on éprouve à un moment devant tout ce que nous devons absorber, à tous les jugements que nous devons porter, etc. La vie est devenue intéressante, passionnante, mais compliquée, complexe même, devrais-je dire.

" Aucune forme de vertu n’est possible sans curiosité pour ce qui n’est pas soi, sans curiosité de l’autre, écrit-on ici. L’indifférence à tout ce qui n’est pas soi-même est un mélange de lâcheté, de vanité, d’égotisme. À force d’indifférence, on perd tout intérêt pour ce qui ne nous touche pas au premier plan. Pour se protéger? De quoi? De qui? "

" L’indifférence à autrui, à la misère et à notre prochain, écrit un autre. Se soustraire au regard suppliant de l’homme qui implore une main tendue, n’évoque-t-il pas un péché que seule la mort pourrait effacer? "

La surconsommation

On nomme la surconsommation comme péché. Alors là… péché collectif s’il en est, la surconsommation.

" Elle semble régir notre société actuelle et pousse chacun de nous à vouloir posséder ce qu’il n’a pas. Ce réflexe instinctif et incontrôlé de toujours vouloir posséder ce que l’autre a, nous entraîne dans une spirale infernale qui nous dresse toujours en rival invétéré d’autrui. " Pourtant, on devrait estimer que le voisin n’est pas un rival.

La trahison

On n’a peut-être pas envie de méditer là-dessus.

La soif de pouvoir

" Dans l’ombre ou en pleine lumière, au quotidien, il va, pour arriver à ses fins, avoir recours à la manipulation, à l’exclusion de l’autre, au mépris, au dénigrement, au mensonge, aux sarcasmes. "

Le paraître

C’est par rapport à l’être, bien sûr.

" Faire preuve d’artifices jusqu’à oublier son propre regard, pour faire en sorte de coller à l’image que l’autre se fait de nous; faire en sorte d’être toujours vu sous un aspect valorisant; faire semblant, tricher, pour être aimé, adulé; faire preuve de lâcheté, de peur de souffrir du regard antagoniste; faire preuve de mauvaise foi, en trouvant de faux alibis à nos plus mauvaises actions, afin de montrer une forte personnalité; faire preuve de suffisance en proclamant nos succès, même imaginaires; être fier de rajouter que nous faisons toujours mieux que l’autre, afin de captiver l’admiration de celui-ci; faire preuve de manque de tolérance, afin d’exiger toujours plus de rigueur pour autrui et très peu pour soi-même. Ce paraître me paraît nuire à notre propre vie. "

Il y a aussi la perversité, la bassesse, la médisance. On a donc le choix des avenues dans lesquelles on peut s’égarer.

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Par 4 chemins/ Le 3 juin 2001/1ère heure
Micro : Jacques Languirand/ Transcription : Noëllise Turgeon/
Édition : Stéphanie Adam Le Roch/ Révision : Nicole Dumais

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