Conférence de La Haye (2000)
La conférence de La Haye, tenue en novembre 2000,
avait pour objectif de fixer les règles d'application
du protocole de Kyoto pour qu'il puisse entrer en vigueur. Trois
clans s'y sont affrontés assez âprement.
Le groupe parapluie constitué des États-Unis,
du Japon, du Canada, de la Russie, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande,
de la Norvège, de l'Islande et de l'Ukraine
veut instaurer un marché mondial des droits d'émission
de gaz à effet de serre.
Pour sa part, l'Union européenne défend une position
qui conçoit le marché des droits d'émission
comme un complément aux mesures de réduction.
Elle s'oppose également au groupe parapluie sur l'importance
à accorder aux puits de carbone (forêts, océans,
etc.), qui absorbent naturellement les émissions de CO2
et compensent ainsi pour les émissions polluantes produites
par l'activité humaine.
Enfin,
le G77, qui regroupe 130 pays en voie de développement,
est une coalition hétéroclite de pays directement
touchés par l'élévation du niveau de la
mer (d'Antigua et Barbuda jusqu'à la République
de Vanuatu) et de pays pauvres qui refusent de mettre en péril
leur développement économique. Ces derniers rejettent
la responsabilité sur les pays riches, plus importants
producteurs de gaz à effet de serre. Avec ses 1,3 milliard
d'habitants et ses énormes réserves de charbon,
la Chine est le poids lourd de ce groupe. De leur côté,
l'Inde et l'Organisation des pays exportateurs de pétrole
(OPEP) veulent être indemnisés pour les pertes
prévues dans le secteur pétrolier.
La conférence de La Haye s'est soldée par
un échec. Les 180 participants ne sont pas parvenus
à s'entendre sur les permis d'émissions et sur
l'intégration des puits de carbone dans le protocole
de Kyoto. En plus d'échanger des droits d'émissions,
les pays du groupe parapluie voulaient comptabiliser l'action
des puits de carbone dans le calcul de leurs émissions
polluantes.
Dans
un document sur les changements climatiques, Steven Guilbault
et Jean-Guy Vaillancourt expliquent cette méthode de
calcul : « Par exemple, le fait de planter un
arbre permettra, pour un certain temps, d'augmenter les puits
de carbone, puisqu'il est soumis au processus de photosynthèse
et que ce dernier captera et emmagasinera du carbone. Ainsi,
pour tout arbre planté, un crédit d'émission
de GES sera octroyé, ce qui permettrait par conséquent
à un pays ou même à une compagnie d'augmenter
les émissions d'origine humaine de GES selon la quantité
de crédit acquis. »
« Quand ces entreprises planteront des forêts,
elles pourront se targuer de résultats fracassants en
sachant très bien qu'il sera impossible à quiconque
de démontrer ou d'infirmer ces résultats. C'est
vraiment un marché de dupes », affirme pour
sa part Michael Obersteiner, de l'International Institute for
Applied Systems Analysis de Laxenburg, en Autriche.
« Selon les calculs
de Greenpeace (corroborés par d'autres ONG mais
aussi par quelques gouvernements), si certains mécanismes
du protocole de Kyoto (comme les puits de carbone et
le mécanisme pour un développement propre)
sont utilisés de façon inadéquate,
le protocole de Kyoto pourrait alors devenir un instrument
qui justifierait non pas une réduction, mais
une augmentation de plus de 15 % des émissions
de GES. »
- Steven Guilbault et
Jean-Guy Vaillancourt
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