Si
vous avez un ordinateur à la maison ou au bureau, il y a de fortes
chances qu'il fonctionne avec le système d'exploitation Windows
de Microsoft.
Mais
il y a 15 millions de personnes qui se servent maintenant de Linux,
un système d'exploitation qui fonctionne essentiellement comme
Windows sauf que Linux n'appartient à personne et à tout le monde
à la fois.
C'est
ce qu'on appelle un logiciel libre, un logiciel qui commence à
faire son petit bonhomme de chemin.
-Bon,
nous autres, ça devrait s'en venir, là. Attendez que ça charge.
Là, tu t'en vas dans «Tous» Karine.
Ces
élèves de l'école Philippe-Labarre, dans l'Est de Montréal, entrent
dans leur tout nouveau laboratoire informatique qui fonctionne
grâce au système d'exploitation Linux.
LISSA
MONGEAU, enseignante et répondante TIC, école Philippe-Labarre
-Ce
qu'on a fait, c'est qu'on avait un laboratoire Mac qu'on a démantelé
puis là, on peut l'utiliser dans les classes. Et on a pu, à moindres
frais, ravoir un laboratoire, ce qu'on n'aurait pas pu faire si
ça avait été avec Mac ou IBM.
-Puis
à «Mot de passe», vous écrivez «labo»
et le même numéro.
L'année
dernière, l'école a reçu en dons des vieux ordinateurs recyclés.
La Commission scolaire de Montréal devait trouver une façon de
faire fonctionner ces vieux appareils.
BENOIT
LAFOREST, responsable de l'informatique, CSDM
-On
a reçu 23 appareils qui ont été reconditionnés, si on veut, pour
répondre minimalement aux besoins du projet. Moi, les écoles m'appelaient
pour me demander : «bon, on a reçu x appareils d'un organisme,
on fait quoi avec?»
-Souvent,
c'est des 486, ça a 4, des fois 8 megs de RAM. Donc, on ne peut
pas parler d'installer de Windows là-dessus, encore moins de suite
bureautique comme Microsoft Office ou quelque chose du style.
Donc, on est dans un cul de sac, il faut trouver un système d'exploitation.
Le
cul de sac de Benoit Laforest n'était pas seulement technologique,
il était aussi financier.
-Une
école primaire comme ici d'à peu près 300 élèves, on peut se payer
à peu près pour 5000 $, 6000 $ de matériel informatique.
De
vieux appareils, un budget limité, la commission scolaire n'a
pas eu le choix. Il a fallu se tourner vers le monde du logiciel
libre.
-Ici,
on a l'ensemble de notre environnement serveur. Évidemment,
ça roule exclusivement sur Linux.
La
commission scolaire a fait appel à iNsu, une petite entreprise
de Saint-Laurent qui ce spécialise justement dans Linux, le plus
connu des logiciels libres.
JOEL
POMERLEAU, vice-prés, iNsu
-On
a parti une initiative ici, on a engagé des développeurs à temps
plein pour étendre les capacités de réseautage sans disque dur
de Linux. C'est une solution qui est vraiment très peu chère.
On parle de ça, là... Chaque poste 486 va tourner entre 50 et
75 de l'heure. Puis moi, je l'installe pour à peu près une journée
d'ouvrage.
-C'est-à-dire?
-C'est-à-dire
entre 400 et 800 $.
Si
Joel Pomerleau réussit à équiper des écoles à si peu de frais,
c'est parce que Linux est un logiciel libre. Un logiciel est dit
libre quand il est possible d'en lire et d'en modifier la source,
c'est-à-dire le code de programmation que les entreprises de logiciels
ont plutôt l'habitude de garder secret.
JEAN-CLAUDE
GUEDON, président, Internet Society, Québec
-La
notion de logiciel libre est une chose qui était la norme jusqu'à
peu près Microsoft et le genre d'inventions que Microsoft en fait
a inventées, a mis en place, c'est-à-dire la possibilité de vendre
du code justement en le fermant, en le rendant secret. Lorsqu'IBM
et les premiers constructeurs d'ordinateurs à l'origine vendaient
du matériel, ils donnaient du code pour que les gens utilisent
leur matériel. C'était une façon, disons, d'attirer les acheteurs
pour le matériel.
De
nos jours, on trouve des centaines de logiciels libres, des traitements
de textes, des jeux, même, et la plupart sont gratuits. Mais ce
n'est pas là leur seul intérêt. Les logiciels libres sont aussi
mis au point non pas par une seule entreprise mais par toute une
communauté de programmeurs bénévoles.
C'est
ce qui donne, selon Eric Raymond, un des plus ardents défenseurs
du logiciel libre aux États-Unis, des produits de meilleure
qualité. Mais ce n'est pas tout. S'il vous permet de voir et de
modifier son code source, le logiciel libre va aussi carrément
changer notre rapport avec l'informatique, si on en croit ses
apôtres.
-C'est
une maîtrise de la technologie informatique qui, jusque-là, manquait.
Et elle commence à se répandre dans la population, au même titre
qu'on a vu la maîtrise des moteurs de voiture, la maîtrise de
l'électricité, la maîtrise de la plomberie. Tout le monde devient
maintenant un petit peu informaticien pour mieux contrôler son
ordinateur.
Mais
attention, logiciel libre ne veut pas nécessairement dire gratuit.
JEAN-PAUL
SMETS, auteur «Logiciels libres : liberté, égalité, business»
-C'est
un peu comme l'eau. L'eau, c'est gratuit mais c'est payant parce
que, tous les mois, vous devez recevoir une facture pour l'eau
que vous consommez chez vous. Et avant, il y avait des puits,
on pouvait aller la chercher avec un sceau et la boire. Donc,
c'est un peu la même idée. Il y a une sorte de bien commun qui,
en tant que tel, est gratuit, mais après, il y a des gens qui
vont les «packager» et ils vont vendre ça. Bien, ça
aura un prix.
Et c'est ce qui fait que même si les logiciels deviennent un bien
commun, comme l'eau, il y aura toujours des entrepreneurs pour
vendre leur expertise.
-Ce
qu'on développe aujourd'hui pour l'école va très bien être portable
dans les entreprises. Si un enfant de 6 ans, 7 ans est capable
de l'utiliser, la secrétaire d'une compagnie aussi, puis le comptable
aussi, puis n'importe qui, finalement, dans la compagnie va être
capable de fonctionner avec ça. C'est une tendance de fond.
-Premièrement,
les applications sont meilleures, elles sont plus sécuritaires
parce qu'on est capable de les vérifier. Là, ensuite, c'est juste
une question de temps. Donc, on sait que le modèle est bon puis
qu'il donne de la qualité. Donc, là, après ça, le temps, c'est
essentiellement de remplacer les applications commerciales.
Le
mouvement semble bien entamé. En Europe, des gouvernements songent
déjà à remplacer les logiciels commerciaux par du logiciel libre.
C'est ce qui fait dire à certains que les jours de grosses entreprises
de logiciels comme Microsoft sont comptés.