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Diffusé le : 14 septembre 2000

Le logiciel libre

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Journaliste: Mario Toussaint
Collaboration : Jean-Hugues Roy

 

Si vous avez un ordinateur à la maison ou au bureau, il y a de fortes chances qu'il fonctionne avec le système d'exploitation Windows de Microsoft.

Mais il y a 15 millions de personnes qui se servent maintenant de Linux, un système d'exploitation qui fonctionne essentiellement comme Windows sauf que Linux n'appartient à personne et à tout le monde à la fois.

C'est ce qu'on appelle un logiciel libre, un logiciel qui commence à faire son petit bonhomme de chemin.

-Bon, nous autres, ça devrait s'en venir, là. Attendez que ça charge. Là, tu t'en vas dans «Tous» Karine.

Ces élèves de l'école Philippe-Labarre, dans l'Est de Montréal, entrent dans leur tout nouveau laboratoire informatique qui fonctionne grâce au système d'exploitation Linux.

LISSA MONGEAU, enseignante et répondante TIC, école Philippe-Labarre

-Ce qu'on a fait, c'est qu'on avait un laboratoire Mac qu'on a démantelé puis là, on peut l'utiliser dans les classes. Et on a pu, à moindres frais, ravoir un laboratoire, ce qu'on n'aurait pas pu faire si ça avait été avec Mac ou IBM.

-Puis à «Mot de passe», vous écrivez «labo» et le même numéro.

L'année dernière, l'école a reçu en dons des vieux ordinateurs recyclés. La Commission scolaire de Montréal devait trouver une façon de faire fonctionner ces vieux appareils.

BENOIT LAFOREST, responsable de l'informatique, CSDM

-On a reçu 23 appareils qui ont été reconditionnés, si on veut, pour répondre minimalement aux besoins du projet. Moi, les écoles m'appelaient pour me demander : «bon, on a reçu x appareils d'un organisme, on fait quoi avec?»

-Souvent, c'est des 486, ça a 4, des fois 8 megs de RAM. Donc, on ne peut pas parler d'installer de Windows là-dessus, encore moins de suite bureautique comme Microsoft Office ou quelque chose du style. Donc, on est dans un cul de sac, il faut trouver un système d'exploitation.

Le cul de sac de Benoit Laforest n'était pas seulement technologique, il était aussi financier.

-Une école primaire comme ici d'à peu près 300 élèves, on peut se payer à peu près pour 5000 $, 6000 $ de matériel informatique.

De vieux appareils, un budget limité, la commission scolaire n'a pas eu le choix. Il a fallu se tourner vers le monde du logiciel libre.

-Ici, on a l'ensemble de notre environnement serveur. Évidemment, ça roule exclusivement sur Linux.

La commission scolaire a fait appel à iNsu, une petite entreprise de Saint-Laurent qui ce spécialise justement dans Linux, le plus connu des logiciels libres.

JOEL POMERLEAU, vice-prés, iNsu

-On a parti une initiative ici, on a engagé des développeurs à temps plein pour étendre les capacités de réseautage sans disque dur de Linux. C'est une solution qui est vraiment très peu chère. On parle de ça, là... Chaque poste 486 va tourner entre 50 et 75 de l'heure. Puis moi, je l'installe pour à peu près une journée d'ouvrage.

-C'est-à-dire?

-C'est-à-dire entre 400 et 800 $.

Si Joel Pomerleau réussit à équiper des écoles à si peu de frais, c'est parce que Linux est un logiciel libre. Un logiciel est dit libre quand il est possible d'en lire et d'en modifier la source, c'est-à-dire le code de programmation que les entreprises de logiciels ont plutôt l'habitude de garder secret.

JEAN-CLAUDE GUEDON, président, Internet Society, Québec

-La notion de logiciel libre est une chose qui était la norme jusqu'à peu près Microsoft et le genre d'inventions que Microsoft en fait a inventées, a mis en place, c'est-à-dire la possibilité de vendre du code justement en le fermant, en le rendant secret. Lorsqu'IBM et les premiers constructeurs d'ordinateurs à l'origine vendaient du matériel, ils donnaient du code pour que les gens utilisent leur matériel. C'était une façon, disons, d'attirer les acheteurs pour le matériel.

De nos jours, on trouve des centaines de logiciels libres, des traitements de textes, des jeux, même, et la plupart sont gratuits. Mais ce n'est pas là leur seul intérêt. Les logiciels libres sont aussi mis au point non pas par une seule entreprise mais par toute une communauté de programmeurs bénévoles.

C'est ce qui donne, selon Eric Raymond, un des plus ardents défenseurs du logiciel libre aux États-Unis, des produits de meilleure qualité. Mais ce n'est pas tout. S'il vous permet de voir et de modifier son code source, le logiciel libre va aussi carrément changer notre rapport avec l'informatique, si on en croit ses apôtres.

-C'est une maîtrise de la technologie informatique qui, jusque-là, manquait. Et elle commence à se répandre dans la population, au même titre qu'on a vu la maîtrise des moteurs de voiture, la maîtrise de l'électricité, la maîtrise de la plomberie. Tout le monde devient maintenant un petit peu informaticien pour mieux contrôler son ordinateur.

Mais attention, logiciel libre ne veut pas nécessairement dire gratuit.

JEAN-PAUL SMETS, auteur «Logiciels libres : liberté, égalité, business»

-C'est un peu comme l'eau. L'eau, c'est gratuit mais c'est payant parce que, tous les mois, vous devez recevoir une facture pour l'eau que vous consommez chez vous. Et avant, il y avait des puits, on pouvait aller la chercher avec un sceau et la boire. Donc, c'est un peu la même idée. Il y a une sorte de bien commun qui, en tant que tel, est gratuit, mais après, il y a des gens qui vont les «packager» et ils vont vendre ça. Bien, ça aura un prix.

Et c'est ce qui fait que même si les logiciels deviennent un bien commun, comme l'eau, il y aura toujours des entrepreneurs pour vendre leur expertise.

-Ce qu'on développe aujourd'hui pour l'école va très bien être portable dans les entreprises. Si un enfant de 6 ans, 7 ans est capable de l'utiliser, la secrétaire d'une compagnie aussi, puis le comptable aussi, puis n'importe qui, finalement, dans la compagnie va être capable de fonctionner avec ça. C'est une tendance de fond.

-Premièrement, les applications sont meilleures, elles sont plus sécuritaires parce qu'on est capable de les vérifier. Là, ensuite, c'est juste une question de temps. Donc, on sait que le modèle est bon puis qu'il donne de la qualité. Donc, là, après ça, le temps, c'est essentiellement de remplacer les applications commerciales.

Le mouvement semble bien entamé. En Europe, des gouvernements songent déjà à remplacer les logiciels commerciaux par du logiciel libre. C'est ce qui fait dire à certains que les jours de grosses entreprises de logiciels comme Microsoft sont comptés.